
L’entretien qui suit porte principalement sur la carrière récente de Blake Edwards. Après une longue maladie, celui-ci fourmille comme d’habitude d’idées et de projets et travaille en ce moment sur le choix des acteurs de son prochain film, Switch, dont il parle plus loin. Par souci de continuité dans notre travail sur Edwards, nous avons inversé l’ordre de nos noms dans l’entretien et dans l’article qui l’accompagne.
Depuis Victor Victoria, le public et les critiques perçoivent votre carrière sur une pente descendante. Que ressentez-vous au sujet de cette période de votre travail ?
Je ne sais pas comment vous répondre, je vous désappointerai probablement. Je ne suis pas si certain d’avoir changé. Il m’est difficile d’être objectif sur ce sujet Je suis toujours surpris par ce genre de choses parce qu’il me semble toujours que je suis capable de juger impartialement mon travail et dire ” Bon, ce n’est pas si mal ” ou ” C’est bon ” ou ” Je ne suis pas d’accord avec cette critique ” ou ” Je suis d’accord avec cela ” puis de poursuivre mon travail sans être perturbé plus qu’il ne faut. Mais la vérité peut être aussi que non seulement notre perception a changé, mais qu’à cause de mes besoins d’expérience, de mon besoin de fouiller certains thèmes que je m’obstine à fouiller, à pénétrer, que cela les dérange et qu’ils n’aiment pas cela. Vous savez, c’est difficile de dire ce qui est bon ou mauvais. Je ne peux réellement en juger, je peux seulement juger ce que je fais par une sorte d’instinct primitif.
Pensez-vous que Victor Victoria soit l’un des sommets de votre carrière?
C’est sûrement un sommet critique parce que j’ai eu beaucoup de bonnes critiques, mais je ne considère pas nécessairement comme un sommet de ma carrière. C’est un sommet parce que j’ai aimé le faire et parce que j’y ai acquis quelque notoriété une bonne notoriété. Mais il y a peu de points que je puisse considérer comme des sommets dans ma carrière. Il y a tant de hauts et de bas que c’est difficile à évaluer.
Le sens de la trame de votre carrière demeure-t-il constant?
Eh bien, je pense que probablement depuis Victor Victoria elle a subi plus d’un accroc. C’est si diablement difficile, quand vous commencez à parler du procédé de création, d’en donner un portrait fidèle. Je plaisante toujours, mais c’est vrai quand je dis: ” Je fais ce que Dieu met en face de moi. ” La manière dont mon esprit fonctionne est de toujours jouer avec les idées. Au début je suis toujours un écrivain, les choses arrivent et je pense que cela pourrait être intéressant, ou je m’arrête et je deviens songeur, les choses se décantent et je me dis:” ah bon, je vais tourner autour de cela. ” Finalement, la plupart du temps, je me considère comme un jongleur émotionnel. J’ai toujours cinq ou six choses qui ne sont pas claires, mais suffisamment précises pour jongler. À un moment je les lance en l’air et selon ce qui retombe en premier, ou ce qui est le plus près de ma vision, je fonce, parce que je pouffais bien jouer éternellement à ce jeu de choisir ce que je vais utiliser.
Qu’est-ce qui vous a décidé pour Curse of the Pink Panther et à la recherche de la panthère rose immédiatement après Victor Victoria?
C’était une décision commerciale. Et probablement aussi, pour être tout à fait franc, pour prouver que je pouvais avoir du succès avec la Panthère malgré l’absence de Sellers. J’ai vu Curse of the Pink Panther l’autre soir. Il s’est trouvé que ça m’a plu. Je n’ai pas tout vu, mais j’ai pensé: ” Seigneur, c’est un bon film ” et j’ai pensé: ” les salauds ” Le fait que je les ai assignés (MGM/UA) en justice et que j’ai gagné veut dire quelque chose, parce qu’ils ont laissé le film dégringoler.
C’est un film très subtil.
Certains de mes meilleurs effets comiques sont dans ce film.
Ce gag du parapluie est merveilleux.
André Prévin dit que c’est le sommet de mes films pour lui avec ce fichu parapluie. Il dit qu’il a vraiment éclaté et qu’il est retombé en morceaux quand il l’a vu.
Avez-vous une idée des raisons pour lesquelles le concept d’une série, comme les films de la Panthère roses encore et encore, vous plaît tellement?
Ça ne me séduit pas.
Non?
Non, jamais. Bon, c’est trop général. Bien sûr, ça m’a plu dans une certaine mesure. Je veux dire: si l’on a quelque chose qui a du succès, on ne pense pas autant aux séries que vous le croyez. C’est devenu une série surtout par nécessité, parce que j’ai découvert que le mieux, ou peut-être le seul moyen d’amener les puissants à faire certaines choses comme Elle et Victor Victoria, était d’agiter devant eux quelque chose de désirable, et c’était la Panthère rose. Ils ont cru, chaque fois que j’en ai fait un, que ça leur ferait faire un gros chiffre et un gros profit. Alors quand je disais: ” Je veux faire Elle maintenant “, ils disaient: ” Oui, mais nous voulons une autre Panthère. ” Alors, je l’ai gardée comme appât, et c’est devenu une série fonctionnant sur sa propre énergie.
Avez-vous tenté de changer quelque chose de significatif dans chacun de ces films ? Lorsque nous regardons en arrière, ce qui nous frappe, c’est que ce n’est pas une série traditionnelle, il v a tant d’éléments qui changent de film en film.
Oui, je me dis constamment: ” Seigneur, s’il faut que je le fasse, je ne peux pas simplement copier le précédent. ”
James Bond reste plus identique à lui-même de film en film que Clouseau. Et Peter (Sellers), bien sûr, à cause de sa fièvre d’acteur, recherchait ce genre de choses. Regardez la première Panthère, et puis regardez Quand l’inspecteur s’emmêle. Tout à coup dans Quand l’inspecteur s’emmêle il dit ” meuth ” et ” beumb ” et il l’a découvert entre les deux films. Constamment j’étais à la recherche de matériau nouveau qui serait un peu plus original ou en tout cas différent de ce que j’avais fait avant.
Votre esprit créatif est-il différent selon que vous travaillez sur un autre film de la Panthère rose, ou un Peter Gunn, détective spécial, ou quelque chose dans l’esprit de ce que vous faisiez avant? Pensez-vous prendre des décisions différentes dans leur structure créative?
Bien sûr. Ce serait difficile de vous énumérer ces choix créatifs, quelles sont ces structures. C’est un peu comme quand on parle avec un vieil ami. Il y a des choses que vous attendez. Vous pouvez arriver à un tas de choses intéressantes du fait que vous vous connaissez bien. Mais si c’est une toute nouvelle amitié, vous creusez encore dans les recoins pour voir de quoi il retourne. C’est plus un sentiment de surprise face à de nouvelles choses, surprise qui peut vous conduire dans certaines directions.
Nous pensons qu’il peut exister certains liens entre votre travail et vos refontes. Après Curse of the Pink Panther, vous avez fait L’Homme à femmes. Et naturellement Victor Victoria est une refonte. Vous êtes-vous demandé pourquoi refaire les choses vous plaît autant? Vous savez, je peux utiliser la psychologie, mais je vais vous donner les faits comme ils sont, je parlerai après. Victor Victoria fut porté à mon attention. Ce n’était pas ce que je recherchais, je ne pensais pas: ” Je veux faire une refonte. ” On me l’a apporté, je l’ai regardé, et je suis parti en disant: ” Cela m’intéresse, mais comment puis-je m’y intéresser un peu plus m’intéresser suffisamment pour le transformer en projet? ” C’était pendant que je pensais à Toddy devenant gay et jouant avec les aspects homosexuels de ce monde que mon intérêt a été piqué, et j’ai complètement oublié qu’il s’agissait d’une refonte. Soudain j’avais pour moi quelque chose de très original. Naturellement, parce que le film a très bien marché, automatiquement vous ouvrez vos yeux et vos oreilles pour découvrir s’il n’y aurait pas quelque part une matière similaire, surtout européenne. Parce que vous avez réussi une fois, vous vous dites: ” Seigneur, quand je pense à tous ces merveilleux films de Truffaut… ” Vous savez, vous jouez le jeu: ” Je me demande ce qu’il y a là-bas? J’aime tellement beaucoup de films français. Je me demande si je peux y piocher? ” Naturellement, à la minute où vous y pensez, alors L’Homme qui aimait les femmes vous saute aux yeux, et il se trouve que c’est un thème auquel vous avez beaucoup pensé depuis toujours. Vous savez que vous êtes comme cela. C’était mon cas.
Truffaut est quelqu’un dont vous aimez le travail?
Oui, j’aime.
Y a-t-il quelque chose qui vous attire ou qui vous intéresse dans le cinéma européen?
Pas consciemment.
Est-ce fondamentalement différent des méthodes de Hollywood?
Oh oui. Je pense que lorsque vous parlez d’un tas de cinéastes européens, il y a une qualité qui n’est certainement pas inhérente à celle ville; c’est inhérent à l’Europe et à l’esprit européen quoique cela veuille dire. Je ne suis pas certain de ce que cela signifie, parce que lorsque les gens me demandent pourquoi je suis mieux accepté en Europe, je réponds: ” Je ne sais pas. ” Je ne crois pas ressembler particulièrement à un Européen, mais ils disent: ” Je pensaisque vous étiez anglais “, et cela m’étonne. Et je ne crois pas que c’est seulement parce que je suis marié à une Anglaise. C’est peut-être parce que j’ai passé beaucoup de temps là-bas. Je ne sais pas ce que c’est.
L’expression employée par certains critiques est ” l’art européen du cinéma “, impliquant que les cinéastes qui travaillent dans cette tradition ont plus de conscience d’eux-mêmes comme faisant partie de cette tradition artistique, par opposition à la notion hollywoodienne de divertissement
Oui, je n’y ai jamais vraiment réfléchi, mais je crois qu’il y a beaucoup de cela. A la minute où je commence à analyser les choses, je deviens frustré et me dis: ” Je vais probablement échafauder une belle théorie pour découvrir dix ans plus tard que c’est totalement faux. ”
Est-ce que Fellini est un cinéaste qui vous influence consciemment?
Oh oui, absolument. La première fois que j’ai vu un Fellini, j’ai trouvé que j’étais très en colère, ennuyé. Heureusement, depuis ma jeunesse, j’ai appris la prudence. Lorsque je me mets en colère, que je m’oppose violemment ou suis critique envers quelque chose, je prends le temps de m’asseoir et d’examiner pourquoij’ai celle réaction. Neuf fois sur dix, je finirai par l’apprécier, l’aimer ou être stimulé par celle chose, surtout en art.
Nous avons lu quelque part que cela avait été votre réaction au travail de Jackson Pollock la première fois que vous l’avez vu.
Oui, je m’en souviens. La première fois que j’ai vu le travail de Jackson Pollock, j’ai dit: ” Merde! ” Et maintenant lorsque vous me regardez peindre, je suis…(Gestes).
Vous laissez égoutter de la peinture sur le sol…
Je voulais être différent, mais c’est ainsi.
Dans L’Homme à femmes, vous jouez directement (nous pensons qu’essentiellement c’est pour la première fois dans votre carrière) avec deux choses qui vous semblent très importantes: l’une est la psychanalyse, l’autre la peinture et la sculpture. Avez-vous eu le sentiment qu’il était temps de confronter ces deux choses?
Je souhaiterais pouvoir dire que j’ai eu l’impression que ” c’était le moment “. C’est ce dont je parlais un peu plus tôt. Toute ma vie est pleine de ce qui peut paraître des coïncidences et des accidents, mais je suis certain que ce n’est pas cela. Je suis certain que j’ai été poussé dans une certaine direction ou certaines directions… J’en suis certain, mais c’est très difficile pour moi de le voir. Lorsque je regarde en arrière, je cherche les clés, je me dis: qu’est-ce qui m’a poussé vers la sculpture? ” Je ne sais pas, sauf que si vous revenez en arrière, regardez l’enfant que j’étais, les choses que j’ai faites, et le genre de choses auxquelles je tenais viscéralement, toutes les preuves sont là. Il n’y a aucun doute là-dessus.
Enfant, faisiez-vous des sculptures?
Je ne crois pas, mais j’ai beaucoup dessiné, beaucoup peint. Et la sculpture est le résultat d’une lente introduction dans ce monde qui a culminé lors de ma visite à Henry Moore dans sa maison en Angleterre, avec les photographies de ses merveilleuses réalisations à l’air libre.
Quels sculpteurs admirez-vous le plus?
Moore surtout. Vous pouvez constater sa forte influence sur ce que je fais. En ce moment j’essaie très fort de m’en dégager, quoique je ne le pense pas du tout. Moore est quelqu’un qui m’attire vraiment. Mais vous savez, je passe par des phases. Il y a eu une époque où j’ai réellement commencé à apprécier les oeuvres de gens aussi connus que Rodin et Degas.
Est-ce que Giacometti a eu une influence sur votre travail?
Au début, encore, c’était le syndrome de Jackson Pollock. La première fois que j’ai vu un Giacometti, j’ai pensé: ” Mon Dieu, qu’est ce que c’est? Quelles sont ces formes? ” Et un jour, un certain nombre d’années plus tard. je marchais dans un jardinet dans le sud de la France, il y avait là six de ces figures, et j’ai eu une réponse émotionnelle. J’apprends tout le temps.
En fait, nous avons trouvé une certaine influence de Giacometti dans vos sculptures.
Très possible, très possible.
L’une des choses qui nous intriguent est que plusieurs de vos sculptures n’ont pas d’yeux. Elles ont des orbites vides, pas de bouche, il y a seulement l’esquisse d’un nez. L’effet est très intéressant naturellement cela n’humanise pas les visages autant qu’on s y attend. Vous êtes-vous demandé à quelle attraction cela correspondait?
Non. Là encore, ces choses semblent venir à moi, et bien sûr j’étais sous l’influence de Moore la plupart du temps. Lorsque vous regardez les oeuvres de Moore, les visages sont insignifiants, ou quelquefois les personnages sont sans visage. Cela dépend dans quelle période il se trouvait. Mais de plus en plus j’essaie de m’en éloigner. Je m’investis plus dans ma peinture, ma sculpture, et je fais des recherches. C’est vraiment drôle, car personne ne me donne d’argent pour mes recherches je le fais!
Quels peintres admirez-vous?
Je peins depuis si longtemps que c’est difficile à dire. Il y en a tant que je peux montrer du doigt et dire que je les aime. Je pense que le seul qui ait toujours su me toucher est Gauguin, parce que j’ai appris très tôt que c’était un agent de change qui était devenu peintre, et vint dans les îles et tourna le dos à la civilisation. Tout cela me touche. Et de plus, en conjonction avec sa façon de peindre, cela me fait pleurer lorsque je vois son oeuvre, particulièrement si cela arrive dans les mers du Sud. Il y a aussi beaucoup de contemporains, des artistes vraiment modernes de Californie, comme Ron Davis, que j’aime beaucoup. Et j’aime les aquarelles de Nolde.
Votre peinture est-elle aussi importante pour vous que votre sculpture?
Cela va par cycles. La sculpture, travailler physique ment avec mes mains, est tellement thérapeutique. J’en retire un tel plaisir physique, un tel réconfort, une telle détente que je dirais que si je devais choisir entre eux, je choisirais la sculpture.
Combien d’heures par jour passez-vous à votre travail artistique?
Je peux passer six heures par jour assis, à genoux ou debout sur le plancher de la salle de bains à faire de l’aquarelle parce que c’est le seul endroit où je me sente bien pour cela. J’ai travaillé sur certaines huiles, sur des acryliques ces deux dernières semaines, et j’ai passé plus de temps à peindre qu’à écrire. Je ne devrais pas faire cela. Je dois dire, pourtant, probablement six heures par jour, quelquefois.
Même lorsque vous travaillez sur un film?
Oui, et parfois le soir. Je rentre à la maison après le tournage, je dîne, et je suis en train de sculpter quelque chose qui me rend fou, qui ne me laisse pas en paix. Alors, j’y retourne et je suis capable d’y rester dehors jusqu’à une ou deux heures du matin, jusqu’à ce que Julie m’appelle et me dise: ” Ramène-toi et va te coucher! ”
On ne vous attribue pas les scénarios de Micky &Maude et Boire et Déboires, ni leurs idées de départ. Le générique d’un film peut être trompeur, car vous aviez fait une grande partie de ce qu’on appelle l’” écriture “sur ces deux films. Vous sentez-vous fondamentalement différent lorsque vous travaillez sur le scénario d’un autre ou sur votre propre scénario? Et pouvez-vous nous expliquer ce que vous faites (cela peut inclure la réécriture, ou des pages additionnelles) lorsque vous travaillez sur un scénario qui ne vous est pas attribué?
Pour devenir le scénariste reconnu d’un film, le réalisateur, selon les règles de la Société des écrivains, doit rédiger au moins cinquante pour cent du dialogue. Or il est presque impossible, si vous partez d’un scénario déjà écrit, d’en changer cinquante pour cent. Mais vous pouvez le changer substantiellement. Parfois je repense à certains films que j’ai vraiment modifiés en substance, des scénarios qui, à mon avis en tout cas, n’auraient pas pu être tournés tels quels. Mais lorsque cela est venu en arbitrage, quels que soient les critères que la Société utilise, la plupart du temps je n’ai pas gagné. Je ne cite pas ces films nommément, parce que si je le fais, alors je montre du doigt certains scénaristes et c’est mal. Et croyez-moi, sur certains de ces films importants que j’ai faits, je les ai réécrits en grande partie et y ai consacré beaucoup de temps autant que si j’avais écrit le scénario original et je n’ai pas été cité au générique.
Sur Micky & Maude, est ce que des limitations ont joué sur ce que vous pouviez réécrire?
Le gros problème avec Micky & Maude était la fin de la pièce parce que chacun avait son opinion - Dudley (Moore) avait son opinion, Jonathan Reynolds la sienne, et moi la mienne. Et plutôt que de faire avec une seule idée, n’importe laquelle, ce qui aurait été beaucoup mieux, nous avons fait un amalgame des trois.
C’est l’une des plus mauvaises fins que vous ayez tournées. Est-ce pour cela que le film se termine aussi rapidement?
Je crois. Vous savez, cela n’a tout simplement pas marché. C’était, je crois, un vrai bon film jusque-là. Je ne pense même pas que la fin soit mauvaise, elle n’est tout simplement pas satisfaisante, cela ne marche pas.
Si l’on lit vos scénarios et que l’on vous regarde au travail, il peut sembler que généralement vous n `avez pas une idée très claire sur la fin de votre film. Il semble que vous deviez ajouter une fin au scénario parce qu’il vous faut boucler le scénario pour le vendre au studio.
Je pense que vous avez tout à fait raison. Je crois qu’on peut dire cela de ma vie. Je suis vraiment curieux de découvrir la fin, mais je ne peux la planifier! Bien sûr, d’un autre côté, lorsque j’écrivais des feuilletons à suspense pour la radio, ou pour la télévision à ses débuts, inévitablement on commençait par la fin. On avait un concept, mais on savait, toujours quelle serait la fin, parce qu’elle doit être très bonne, être très satisfaisante dans un polar. Aussi ce n’est pas comme si je ne l’avais jamais fait. Mais vous avez parfaitement raison. L’une des choses avec lesquelles j’ai le plus de difficultés est d’arriver avec quelque chose qui me satisfasse vraiment. Or avec le dernier film que j’ai écrit, j’ai finalement réussi. C’est adroit, c’est sentimental, c’est tout à la fois.
Vous sentez que cette fois vous avez écrit la fin dans le sens où vous le vouliez?
Oui, pour la première fois depuis longtemps.
Comme vous le savez, nous avons trouvé vos fins irrésolues une part très intéressante de votre oeuvre. C’est très rafraîchissant en comparaison de ces banales fins hollywoodiennes où tout se remet sagement en place. Les dénouements de vos comédies ne sont pas aussi forts que d’autres.
Je crois que j’aime poser des questions. J’aime créer des situations, et elles ne se résolvent pas toujours d’elles-mêmes. Je finis seulement d’écrire un film intitulé Switch; il n’y a pas eu moyen de l’écrire tant que je n’avais pas la fin. C’est un de ces films où je ne peux m’asseoir là et dire: ” C’est une bonne idée, je vais l’écrire et la fin viendra toute seule. ”
Pouvez-vous nous donner un aperçu de Switch?
L’argument est très simple. Vous le trouverez familier, mais je l’ai vraiment poussé un peu. C’est l’histoire d’un homme qui est tué au début du film. Trois de ses petites amies sont ensemble, se droguent et le tuent comme Raspoutine. Il ne monte pas au ciel, mais dans les limbes en tout cas ce qu’il y a entre le Ciel, l’Enfer et la Terre. Dieu lui dit: ” D’un côté, vous êtes un type formidable et vous avez acquis assez de mérites pour entrer au Ciel. D’un autre côté, vous avez été si dégueulasse avec les femmes que je vous renvoie sur terre. Si vous trouvez une seule femme c’est tout, seulement une - qui vous aime, je vous laisse entrer au Ciel. ” Il se dit: ” Fantastique, j’ai une seconde chance, je peux y retourner, at-ce que ce sera difficile de trouver une femme qui m’aime ? ” Alors, il se réveille dans son lit le lendemain matin, il se dit: ” C’est un nouveau jour, je suis encore vivant! ” Il se lève pour aller pisser, et bien sûr il ne remarque pas encore qu’il est maintenant une femme. Maintenant il doit trouver cette femme, mais non plus comme l’homme qu’il était avant. Je m’y suis beaucoup amusé, mais cela m’a aussi mis sur les rotules, et cela a fait peur à beaucoup de gens du métier. Beaucoup de gens au début m’ont dit: ” Je vais le faire, mais vous devez enlever deux séquences, parce que l’Américain moyen n’est pas prêt pour cela. ” J’ai dit: ” Je ne peux pas faire cela. ” J’ai considéré tout cela, je suis revenu et j’ai dit: ” Si je ne le fais pas, alors c’est fini pour moi. Je préférerais ne pas faire ce film que d’exclure ces deux choses. ”
C’est l’épine dorsale du film ?
Non, pas vraiment. L’actrice que je souhaitais a lu le scénario et nous a dit qu’il lui plaisait, mais que pour différentes raisons elle ne pouvait le faire. Je lui ai proposé de retirer ces deux séquences, pour voir sa réaction, et elle a dit: ” Si vous les enlevez, je ne le ferai pas. ” J’ai dit: ” Un bon point pour vous. Vous réalisez que nous pouvons être condamnés avec cela. ” Elle a répondu: ” Si vous ne prenez pas le risque.., j’aimerais le faire parce que c’est différent. J’étais morte de rire et tout d’un coup vous m’avez précipitée dans l’abîme. ” Il est vrai que je le fais violer, tomber enceinte et accoucher. Il intrigue pour retrouver son emploi dans une agence de publicité. Il le demande à son patron, qui ne s’aperçoit pas que c’est un homme dans un corps de femme, pour un emploi. Il prétend être la sœur du type. Le patron dit: ” Pourquoi devrais-je vous embaucher? “, et il répond: ” Je vous obtiendrai le budget Untel. ” ” Vous m’obtenez ce budget, dit le patron, et l’emploi est a vous. ” Maintenant le type sait que la femme responsable du budget en question est une lesbienne notoire belle, intelligente, etc. Alors, il suppute: ” Je suis une femme à présent, je peux la séduire. ” Et comme c’est l’homme ici qui réagit, il ne pense pas qu’il peut y avoir un problème. Après tout, mon Dieu, il ne s’agit que de coucher avec une femme. Commencent alors de grosses complications parce qu’il veut dominer, mais il est une très belle femme. Je joue de cela. Au début tous les” argentiers ” - ont dit:”L’Américain moyen! Le lesbianisme ! “, etc. Et je leur ai dit: ” Si je ne peux jouer avec cela, alors je me retire. ”
L’homosexualité et le lesbianisme apparaissent généralement dans vos films avec des personnages secondaires ou mineurs. Vous introduisez généralement ces personnages gays non sans répugnance de prime abord. Par exemple la situation de Toddy au début de Victor Victoria, où il est exploité par le type avec lequel il vit. Et dans L’amour est une grande aventure, ou l’impresario est désagréable et acerbe, et ou plus tard à la réception on s’aperçoit qu’il se préparait à mourir dans Elle aussi vous avez les relations entre Robert Webber et le jeune homme, et dans Meurtre à Hollywood c’est la relation lesbienne. Dans la plupart de ces films, il y a un élément impliquant ce genre d’exploitation désagréable et au même moment vous êtes compatissant, vous faites en sorte que le public s’identifie avec certains de ces personnages gay. Y a-t-il ambivalence dans votre esprit sur les homosexuels ? Y a-t-il une part du narrateur qui voudrait les punir et les rendre répugnants, et une part qui voudrait que les spectateurs s’identifient réellement et sympathisent avec eux?
En tout premier lieu, cela fait partie de la sexualité. Qu’ils soient gay ou non, c’est la sexualité qui m’intéresse.
C’est en effet la vraie question de vos films.
Oui, c’est la vraie question. Et j’ai connu tant d’homosexuels, tant de gens de ce milieu, et ma perception de ce monde, probablement très étroite, est que pour certaines raisons, je ne tenterai pas de justifier ou de l’expliquer beaucoup de gays que j’ai connus à Hollywood ou dans le monde du spectacle étaient très intelligents, terriblement créatifs, et très retors. Je l’ai vu particulièrement à New York. Ils l’appellent la mafia gay, où le monde gay contrôle effectivement le théâtre, et utilise sa sexualité comme une arme cruelle. Pour moi,i ls sont très intéressants à dépeindre à cause de certains traits excessifs de leurs personnages. L’un de mes proches amis, qui était mon assistant pour les dialogues, était un cher, adorable garçon, qui avait cette sorte d’esprit et de langue qui descendait constamment toute la communauté; cela se comprenait sûrement parce qu’ils étaient si critiques envers lui, et parce que Dieu sait qu’il a enduré dans cette vie de gay. Je crois qu’il est nécessaire de défendre les droits de chacun à choisir son style de vie, mais je pense aussi avoir le droit de dire ce que je pense de dire les choses que je vois constamment. Je ne peux être plus clair.
Au lieu de montrer les homosexuels comme bizarres, comme ils le sont dans certains films, vous les montrez comme des gens qui ont des problèmes relationnels comme les hétérosexuels.
Bien sûr, parce qu’ils en ont!
Mais vos films les polarisent: il y a des homosexuels et des hétérosexuels. Avec l’étrange exception des travestis dans Peter Gunn, détective spécial et cela semble l’exception qui confirme la règle êtes-vous resté éloigné des personnages bisexuels de vos films ?
Je le crois, parce que je ne les comprends pas. Je n’ais aucun contact avec eux. Je ne connais aucun bisexuel. Je veux dire, j’en connais sûrement, mais je ne le sais pas. Vous comprenez? Je n’ai jamais envisagé la bisexualité dans mon style de vie, je n’y ai jamais été sensible. J’ai toujours été fasciné par le monde des homosexuels. Je trouve infiniment plus difficile pour moi de commenter la bisexualité que les deux extrêmes.
Le personnage du gangster Fusco dans Peter Gunn, détective spécial peut-être perçu comme un bisexuel, parce qu’il a des relations avec Daisy Jane.
Oui, vous avez raison, de par Dieu. Je n’y ai jamais pensé. Bien sûr, vous avez raison.
Seulement d’une manière étrange, parce que nous avons réalisé que vous l’avez reconstruit après les faits.
C’est vraiment un meurtrier travesti; il n’est pas présenté comme bisexuel, & aucun moment dans le déroulement du film.
Mais vous voyez, je ne sais pas comment faire pour le représenter comme un bisexuel à moins qu’il ne s’arrête pour vous dire qu’il est bisexuel. Avec un vrai homosexuel, je peux utiliser certains indices pour le faire apparaître, et avec les hétérosexuels c’est évident, vous savez!
C’est très intéressant, avec toute la mythologie sur la sexualité & Hollywood, que vous ne connaissiez personne qui soit bisexuel.
C’est une chose de sortir du secret et de dire: ” Je suis gay! ” Je ne connais personne qui en sorte et dise: ” Je suis bisexuel! ” Je ne l’ai jamais entendu! Je crois que le monde bisexuel est plus facile à dissimuler, à protéger ou même à ignorer que l’un ou l’autre des extrêmes.
Donc vous ne pensez pas qu’il est plus menaçant d’une certaine façon?
Je ne crois pas. C’est juste que je ne le comprends pas. Je me souviens lorsque Julie et moi avons été interviewés par Playboy et que le journaliste a dit: ” Je vais aborder un sujet épineux. Vous savez, il y a des bruits qui sous-entendent que Julie et vous êtes… “, et il voulait dire bisexuels, que nous faisions des exploits sexuels,et des choses comme cela. Je l’ai simplement regardé et j’ai dit: ” Je ne vais pas commenter cela. Si vous aviez dit: “J’ai entendu dire que vous étiez homosexuel”, alors j’aurais pu dire: “D’accord, parlons-en.” ” Ou s’il avait dit que Julie était homosexuelle, bien, cela aurait été une grosse farce. Mais lorsqu’il a sous-entendu que nous étions bisexuels, j’ai dit: ” C’est trop compliqué pour moi. ” Je ne suis pas tourné vers ce genre de sexualité.
Qu’est-ce qui selon vous explique cette perception?
Oh, je ne sais pas. C’est si typique de cette ville. Il ya eu cette rumeur selon laquelle j’étais homosexuel depuis mes débuts dans les affaires et il n’y a rien de plus éloigné de la vérité. Je ne le dis pas pour fanfaronner.En fait, aux gens qui s’amènent avec cela, je dis: ” écoutez, si vous voulez en discuter, je ne peux que vous dire que si j’étais gay, je serai le premier à l’admettre. Je sortirais du secret et dirais: “Je suis gay.” ”
Avant d’abandonner le sujet de la mise en scène des scénarios des autres, parlons de Boire et déboires.
J’ai fait un énorme travail de réécriture pour ce film, et il y a eu un arbitrage automatique non parce que j’avais réécrit, mais parce que Leslie Dixon, Dale Launer et les gens comme eux sont les auteurs originaux. C’est intéressant que Dixon vous ait dit qu’elle faisait tant d’objections à la version révisée.
Elle l’a dit.
Elle n’est pas au générique
C’est aussi l’ironie de la situation. Mais le scénario que son impresario nous a envoyé porte la mention: ” Ecrit par Dale Launer, révisé par Blake Edwards, Leslie Dixon et Tom Ropelewski. ” De toute façon. Dixon et Ropelewski ne sont pas crédités du film.
Mon sentiment est que je n’ai rien à voir avec son scénario, mais je peux me tromper. Tout ce que je sais,c’est qu’il y avait dedans des choses que je trouve inacceptables, que je ne voulais pas faire. Je ne sais pas si elle a quelque chose à voir avec cela, ou si c’est Launer mais je me rappelle que la bouche de la fille ivre glisse vers la braguette du type, puis qu’elle vomit sur ses genoux. Ce ne sont pas des choses qui m’intéressent particulièrement. C’est ce genre de choses que j’ai changées particulièrement.
Est-il vrai que vous ayez rajouté toute la dernière partie?
Lorsqu’ils le mettent à la porte de la maison? Oui, c’est vrai.
Apparemment il y a une courte scène où ils se marient, et c’était tout, Alors vous y ajoutez l’énorme farce typique du style Blake Edwards avec tous ces gens allants et venants dans une chambre. Voilà un excellent exemple d’un changement majeur que vous pouvez faire et dont vous n’êtes pas crédité, parce que c’est un long passage du film, mais qu’il y a peu de dialogue.
C’est vrai.
Parlons d’un sacré bordel. Dans quelques comédies physiques, particulièrement Un sacré bordel, vous avez un développement thématique minimal. Nous ne trouvons pas de thème dans le film. Vous utilisez une ligne de base comme cadre, et virtuellement l’ignorez pour développer une remarquable construction de gags.
Est-ce de cette manière que vous concevez les comédies physiques?
C’est difficile de parler de ce film. Je me souviens de sa genèse, mais je ne me souviens pas comment je suis arrivé à cette structure. C’est comme dire: ” pouvez-vous me décrire vos deux années dans l’aile des fous d’un hôpital psychiatrique? Donnez-nous les références et les hallucinations ”
Depuis Victor Victoria, le public et les critiques perçoivent votre carrière sur une pente descendante. Que ressentez-vous au sujet de cette période de votre travail ?
Je ne sais pas comment vous répondre, je vous désappointerai probablement. Je ne suis pas si certain d’avoir changé. Il m’est difficile d’être objectif sur ce sujet Je suis toujours surpris par ce genre de choses parce qu’il me semble toujours que je suis capable de juger impartialement mon travail et dire ” Bon, ce n’est pas si mal ” ou ” C’est bon ” ou ” Je ne suis pas d’accord avec cette critique ” ou ” Je suis d’accord avec cela ” puis de poursuivre mon travail sans être perturbé plus qu’il ne faut. Mais la vérité peut être aussi que non seulement notre perception a changé, mais qu’à cause de mes besoins d’expérience, de mon besoin de fouiller certains thèmes que je m’obstine à fouiller, à pénétrer, que cela les dérange et qu’ils n’aiment pas cela. Vous savez, c’est difficile de dire ce qui est bon ou mauvais. Je ne peux réellement en juger, je peux seulement juger ce que je fais par une sorte d’instinct primitif.
Pensez-vous que Victor Victoria soit l’un des sommets de votre carrière?
C’est sûrement un sommet critique parce que j’ai eu beaucoup de bonnes critiques, mais je ne considère pas nécessairement comme un sommet de ma carrière. C’est un sommet parce que j’ai aimé le faire et parce que j’y ai acquis quelque notoriété une bonne notoriété. Mais il y a peu de points que je puisse considérer comme des sommets dans ma carrière. Il y a tant de hauts et de bas que c’est difficile à évaluer.
Le sens de la trame de votre carrière demeure-t-il constant?
Eh bien, je pense que probablement depuis Victor Victoria elle a subi plus d’un accroc. C’est si diablement difficile, quand vous commencez à parler du procédé de création, d’en donner un portrait fidèle. Je plaisante toujours, mais c’est vrai quand je dis: ” Je fais ce que Dieu met en face de moi. ” La manière dont mon esprit fonctionne est de toujours jouer avec les idées. Au début je suis toujours un écrivain, les choses arrivent et je pense que cela pourrait être intéressant, ou je m’arrête et je deviens songeur, les choses se décantent et je me dis:” ah bon, je vais tourner autour de cela. ” Finalement, la plupart du temps, je me considère comme un jongleur émotionnel. J’ai toujours cinq ou six choses qui ne sont pas claires, mais suffisamment précises pour jongler. À un moment je les lance en l’air et selon ce qui retombe en premier, ou ce qui est le plus près de ma vision, je fonce, parce que je pouffais bien jouer éternellement à ce jeu de choisir ce que je vais utiliser.
Qu’est-ce qui vous a décidé pour Curse of the Pink Panther et à la recherche de la panthère rose immédiatement après Victor Victoria?
C’était une décision commerciale. Et probablement aussi, pour être tout à fait franc, pour prouver que je pouvais avoir du succès avec la Panthère malgré l’absence de Sellers. J’ai vu Curse of the Pink Panther l’autre soir. Il s’est trouvé que ça m’a plu. Je n’ai pas tout vu, mais j’ai pensé: ” Seigneur, c’est un bon film ” et j’ai pensé: ” les salauds ” Le fait que je les ai assignés (MGM/UA) en justice et que j’ai gagné veut dire quelque chose, parce qu’ils ont laissé le film dégringoler.
C’est un film très subtil.
Certains de mes meilleurs effets comiques sont dans ce film.
Ce gag du parapluie est merveilleux.
André Prévin dit que c’est le sommet de mes films pour lui avec ce fichu parapluie. Il dit qu’il a vraiment éclaté et qu’il est retombé en morceaux quand il l’a vu.
Avez-vous une idée des raisons pour lesquelles le concept d’une série, comme les films de la Panthère roses encore et encore, vous plaît tellement?
Ça ne me séduit pas.
Non?
Non, jamais. Bon, c’est trop général. Bien sûr, ça m’a plu dans une certaine mesure. Je veux dire: si l’on a quelque chose qui a du succès, on ne pense pas autant aux séries que vous le croyez. C’est devenu une série surtout par nécessité, parce que j’ai découvert que le mieux, ou peut-être le seul moyen d’amener les puissants à faire certaines choses comme Elle et Victor Victoria, était d’agiter devant eux quelque chose de désirable, et c’était la Panthère rose. Ils ont cru, chaque fois que j’en ai fait un, que ça leur ferait faire un gros chiffre et un gros profit. Alors quand je disais: ” Je veux faire Elle maintenant “, ils disaient: ” Oui, mais nous voulons une autre Panthère. ” Alors, je l’ai gardée comme appât, et c’est devenu une série fonctionnant sur sa propre énergie.
Avez-vous tenté de changer quelque chose de significatif dans chacun de ces films ? Lorsque nous regardons en arrière, ce qui nous frappe, c’est que ce n’est pas une série traditionnelle, il v a tant d’éléments qui changent de film en film.
Oui, je me dis constamment: ” Seigneur, s’il faut que je le fasse, je ne peux pas simplement copier le précédent. ”
James Bond reste plus identique à lui-même de film en film que Clouseau. Et Peter (Sellers), bien sûr, à cause de sa fièvre d’acteur, recherchait ce genre de choses. Regardez la première Panthère, et puis regardez Quand l’inspecteur s’emmêle. Tout à coup dans Quand l’inspecteur s’emmêle il dit ” meuth ” et ” beumb ” et il l’a découvert entre les deux films. Constamment j’étais à la recherche de matériau nouveau qui serait un peu plus original ou en tout cas différent de ce que j’avais fait avant.
Votre esprit créatif est-il différent selon que vous travaillez sur un autre film de la Panthère rose, ou un Peter Gunn, détective spécial, ou quelque chose dans l’esprit de ce que vous faisiez avant? Pensez-vous prendre des décisions différentes dans leur structure créative?
Bien sûr. Ce serait difficile de vous énumérer ces choix créatifs, quelles sont ces structures. C’est un peu comme quand on parle avec un vieil ami. Il y a des choses que vous attendez. Vous pouvez arriver à un tas de choses intéressantes du fait que vous vous connaissez bien. Mais si c’est une toute nouvelle amitié, vous creusez encore dans les recoins pour voir de quoi il retourne. C’est plus un sentiment de surprise face à de nouvelles choses, surprise qui peut vous conduire dans certaines directions.
Nous pensons qu’il peut exister certains liens entre votre travail et vos refontes. Après Curse of the Pink Panther, vous avez fait L’Homme à femmes. Et naturellement Victor Victoria est une refonte. Vous êtes-vous demandé pourquoi refaire les choses vous plaît autant? Vous savez, je peux utiliser la psychologie, mais je vais vous donner les faits comme ils sont, je parlerai après. Victor Victoria fut porté à mon attention. Ce n’était pas ce que je recherchais, je ne pensais pas: ” Je veux faire une refonte. ” On me l’a apporté, je l’ai regardé, et je suis parti en disant: ” Cela m’intéresse, mais comment puis-je m’y intéresser un peu plus m’intéresser suffisamment pour le transformer en projet? ” C’était pendant que je pensais à Toddy devenant gay et jouant avec les aspects homosexuels de ce monde que mon intérêt a été piqué, et j’ai complètement oublié qu’il s’agissait d’une refonte. Soudain j’avais pour moi quelque chose de très original. Naturellement, parce que le film a très bien marché, automatiquement vous ouvrez vos yeux et vos oreilles pour découvrir s’il n’y aurait pas quelque part une matière similaire, surtout européenne. Parce que vous avez réussi une fois, vous vous dites: ” Seigneur, quand je pense à tous ces merveilleux films de Truffaut… ” Vous savez, vous jouez le jeu: ” Je me demande ce qu’il y a là-bas? J’aime tellement beaucoup de films français. Je me demande si je peux y piocher? ” Naturellement, à la minute où vous y pensez, alors L’Homme qui aimait les femmes vous saute aux yeux, et il se trouve que c’est un thème auquel vous avez beaucoup pensé depuis toujours. Vous savez que vous êtes comme cela. C’était mon cas.
Truffaut est quelqu’un dont vous aimez le travail?
Oui, j’aime.
Y a-t-il quelque chose qui vous attire ou qui vous intéresse dans le cinéma européen?
Pas consciemment.
Est-ce fondamentalement différent des méthodes de Hollywood?
Oh oui. Je pense que lorsque vous parlez d’un tas de cinéastes européens, il y a une qualité qui n’est certainement pas inhérente à celle ville; c’est inhérent à l’Europe et à l’esprit européen quoique cela veuille dire. Je ne suis pas certain de ce que cela signifie, parce que lorsque les gens me demandent pourquoi je suis mieux accepté en Europe, je réponds: ” Je ne sais pas. ” Je ne crois pas ressembler particulièrement à un Européen, mais ils disent: ” Je pensaisque vous étiez anglais “, et cela m’étonne. Et je ne crois pas que c’est seulement parce que je suis marié à une Anglaise. C’est peut-être parce que j’ai passé beaucoup de temps là-bas. Je ne sais pas ce que c’est.
L’expression employée par certains critiques est ” l’art européen du cinéma “, impliquant que les cinéastes qui travaillent dans cette tradition ont plus de conscience d’eux-mêmes comme faisant partie de cette tradition artistique, par opposition à la notion hollywoodienne de divertissement
Oui, je n’y ai jamais vraiment réfléchi, mais je crois qu’il y a beaucoup de cela. A la minute où je commence à analyser les choses, je deviens frustré et me dis: ” Je vais probablement échafauder une belle théorie pour découvrir dix ans plus tard que c’est totalement faux. ”
Est-ce que Fellini est un cinéaste qui vous influence consciemment?
Oh oui, absolument. La première fois que j’ai vu un Fellini, j’ai trouvé que j’étais très en colère, ennuyé. Heureusement, depuis ma jeunesse, j’ai appris la prudence. Lorsque je me mets en colère, que je m’oppose violemment ou suis critique envers quelque chose, je prends le temps de m’asseoir et d’examiner pourquoij’ai celle réaction. Neuf fois sur dix, je finirai par l’apprécier, l’aimer ou être stimulé par celle chose, surtout en art.
Nous avons lu quelque part que cela avait été votre réaction au travail de Jackson Pollock la première fois que vous l’avez vu.
Oui, je m’en souviens. La première fois que j’ai vu le travail de Jackson Pollock, j’ai dit: ” Merde! ” Et maintenant lorsque vous me regardez peindre, je suis…(Gestes).
Vous laissez égoutter de la peinture sur le sol…
Je voulais être différent, mais c’est ainsi.
Dans L’Homme à femmes, vous jouez directement (nous pensons qu’essentiellement c’est pour la première fois dans votre carrière) avec deux choses qui vous semblent très importantes: l’une est la psychanalyse, l’autre la peinture et la sculpture. Avez-vous eu le sentiment qu’il était temps de confronter ces deux choses?
Je souhaiterais pouvoir dire que j’ai eu l’impression que ” c’était le moment “. C’est ce dont je parlais un peu plus tôt. Toute ma vie est pleine de ce qui peut paraître des coïncidences et des accidents, mais je suis certain que ce n’est pas cela. Je suis certain que j’ai été poussé dans une certaine direction ou certaines directions… J’en suis certain, mais c’est très difficile pour moi de le voir. Lorsque je regarde en arrière, je cherche les clés, je me dis: qu’est-ce qui m’a poussé vers la sculpture? ” Je ne sais pas, sauf que si vous revenez en arrière, regardez l’enfant que j’étais, les choses que j’ai faites, et le genre de choses auxquelles je tenais viscéralement, toutes les preuves sont là. Il n’y a aucun doute là-dessus.
Enfant, faisiez-vous des sculptures?
Je ne crois pas, mais j’ai beaucoup dessiné, beaucoup peint. Et la sculpture est le résultat d’une lente introduction dans ce monde qui a culminé lors de ma visite à Henry Moore dans sa maison en Angleterre, avec les photographies de ses merveilleuses réalisations à l’air libre.
Quels sculpteurs admirez-vous le plus?
Moore surtout. Vous pouvez constater sa forte influence sur ce que je fais. En ce moment j’essaie très fort de m’en dégager, quoique je ne le pense pas du tout. Moore est quelqu’un qui m’attire vraiment. Mais vous savez, je passe par des phases. Il y a eu une époque où j’ai réellement commencé à apprécier les oeuvres de gens aussi connus que Rodin et Degas.
Est-ce que Giacometti a eu une influence sur votre travail?
Au début, encore, c’était le syndrome de Jackson Pollock. La première fois que j’ai vu un Giacometti, j’ai pensé: ” Mon Dieu, qu’est ce que c’est? Quelles sont ces formes? ” Et un jour, un certain nombre d’années plus tard. je marchais dans un jardinet dans le sud de la France, il y avait là six de ces figures, et j’ai eu une réponse émotionnelle. J’apprends tout le temps.
En fait, nous avons trouvé une certaine influence de Giacometti dans vos sculptures.
Très possible, très possible.
L’une des choses qui nous intriguent est que plusieurs de vos sculptures n’ont pas d’yeux. Elles ont des orbites vides, pas de bouche, il y a seulement l’esquisse d’un nez. L’effet est très intéressant naturellement cela n’humanise pas les visages autant qu’on s y attend. Vous êtes-vous demandé à quelle attraction cela correspondait?
Non. Là encore, ces choses semblent venir à moi, et bien sûr j’étais sous l’influence de Moore la plupart du temps. Lorsque vous regardez les oeuvres de Moore, les visages sont insignifiants, ou quelquefois les personnages sont sans visage. Cela dépend dans quelle période il se trouvait. Mais de plus en plus j’essaie de m’en éloigner. Je m’investis plus dans ma peinture, ma sculpture, et je fais des recherches. C’est vraiment drôle, car personne ne me donne d’argent pour mes recherches je le fais!
Quels peintres admirez-vous?
Je peins depuis si longtemps que c’est difficile à dire. Il y en a tant que je peux montrer du doigt et dire que je les aime. Je pense que le seul qui ait toujours su me toucher est Gauguin, parce que j’ai appris très tôt que c’était un agent de change qui était devenu peintre, et vint dans les îles et tourna le dos à la civilisation. Tout cela me touche. Et de plus, en conjonction avec sa façon de peindre, cela me fait pleurer lorsque je vois son oeuvre, particulièrement si cela arrive dans les mers du Sud. Il y a aussi beaucoup de contemporains, des artistes vraiment modernes de Californie, comme Ron Davis, que j’aime beaucoup. Et j’aime les aquarelles de Nolde.
Votre peinture est-elle aussi importante pour vous que votre sculpture?
Cela va par cycles. La sculpture, travailler physique ment avec mes mains, est tellement thérapeutique. J’en retire un tel plaisir physique, un tel réconfort, une telle détente que je dirais que si je devais choisir entre eux, je choisirais la sculpture.
Combien d’heures par jour passez-vous à votre travail artistique?
Je peux passer six heures par jour assis, à genoux ou debout sur le plancher de la salle de bains à faire de l’aquarelle parce que c’est le seul endroit où je me sente bien pour cela. J’ai travaillé sur certaines huiles, sur des acryliques ces deux dernières semaines, et j’ai passé plus de temps à peindre qu’à écrire. Je ne devrais pas faire cela. Je dois dire, pourtant, probablement six heures par jour, quelquefois.
Même lorsque vous travaillez sur un film?
Oui, et parfois le soir. Je rentre à la maison après le tournage, je dîne, et je suis en train de sculpter quelque chose qui me rend fou, qui ne me laisse pas en paix. Alors, j’y retourne et je suis capable d’y rester dehors jusqu’à une ou deux heures du matin, jusqu’à ce que Julie m’appelle et me dise: ” Ramène-toi et va te coucher! ”
On ne vous attribue pas les scénarios de Micky &Maude et Boire et Déboires, ni leurs idées de départ. Le générique d’un film peut être trompeur, car vous aviez fait une grande partie de ce qu’on appelle l’” écriture “sur ces deux films. Vous sentez-vous fondamentalement différent lorsque vous travaillez sur le scénario d’un autre ou sur votre propre scénario? Et pouvez-vous nous expliquer ce que vous faites (cela peut inclure la réécriture, ou des pages additionnelles) lorsque vous travaillez sur un scénario qui ne vous est pas attribué?
Pour devenir le scénariste reconnu d’un film, le réalisateur, selon les règles de la Société des écrivains, doit rédiger au moins cinquante pour cent du dialogue. Or il est presque impossible, si vous partez d’un scénario déjà écrit, d’en changer cinquante pour cent. Mais vous pouvez le changer substantiellement. Parfois je repense à certains films que j’ai vraiment modifiés en substance, des scénarios qui, à mon avis en tout cas, n’auraient pas pu être tournés tels quels. Mais lorsque cela est venu en arbitrage, quels que soient les critères que la Société utilise, la plupart du temps je n’ai pas gagné. Je ne cite pas ces films nommément, parce que si je le fais, alors je montre du doigt certains scénaristes et c’est mal. Et croyez-moi, sur certains de ces films importants que j’ai faits, je les ai réécrits en grande partie et y ai consacré beaucoup de temps autant que si j’avais écrit le scénario original et je n’ai pas été cité au générique.
Sur Micky & Maude, est ce que des limitations ont joué sur ce que vous pouviez réécrire?
Le gros problème avec Micky & Maude était la fin de la pièce parce que chacun avait son opinion - Dudley (Moore) avait son opinion, Jonathan Reynolds la sienne, et moi la mienne. Et plutôt que de faire avec une seule idée, n’importe laquelle, ce qui aurait été beaucoup mieux, nous avons fait un amalgame des trois.
C’est l’une des plus mauvaises fins que vous ayez tournées. Est-ce pour cela que le film se termine aussi rapidement?
Je crois. Vous savez, cela n’a tout simplement pas marché. C’était, je crois, un vrai bon film jusque-là. Je ne pense même pas que la fin soit mauvaise, elle n’est tout simplement pas satisfaisante, cela ne marche pas.
Si l’on lit vos scénarios et que l’on vous regarde au travail, il peut sembler que généralement vous n `avez pas une idée très claire sur la fin de votre film. Il semble que vous deviez ajouter une fin au scénario parce qu’il vous faut boucler le scénario pour le vendre au studio.
Je pense que vous avez tout à fait raison. Je crois qu’on peut dire cela de ma vie. Je suis vraiment curieux de découvrir la fin, mais je ne peux la planifier! Bien sûr, d’un autre côté, lorsque j’écrivais des feuilletons à suspense pour la radio, ou pour la télévision à ses débuts, inévitablement on commençait par la fin. On avait un concept, mais on savait, toujours quelle serait la fin, parce qu’elle doit être très bonne, être très satisfaisante dans un polar. Aussi ce n’est pas comme si je ne l’avais jamais fait. Mais vous avez parfaitement raison. L’une des choses avec lesquelles j’ai le plus de difficultés est d’arriver avec quelque chose qui me satisfasse vraiment. Or avec le dernier film que j’ai écrit, j’ai finalement réussi. C’est adroit, c’est sentimental, c’est tout à la fois.
Vous sentez que cette fois vous avez écrit la fin dans le sens où vous le vouliez?
Oui, pour la première fois depuis longtemps.
Comme vous le savez, nous avons trouvé vos fins irrésolues une part très intéressante de votre oeuvre. C’est très rafraîchissant en comparaison de ces banales fins hollywoodiennes où tout se remet sagement en place. Les dénouements de vos comédies ne sont pas aussi forts que d’autres.
Je crois que j’aime poser des questions. J’aime créer des situations, et elles ne se résolvent pas toujours d’elles-mêmes. Je finis seulement d’écrire un film intitulé Switch; il n’y a pas eu moyen de l’écrire tant que je n’avais pas la fin. C’est un de ces films où je ne peux m’asseoir là et dire: ” C’est une bonne idée, je vais l’écrire et la fin viendra toute seule. ”
Pouvez-vous nous donner un aperçu de Switch?
L’argument est très simple. Vous le trouverez familier, mais je l’ai vraiment poussé un peu. C’est l’histoire d’un homme qui est tué au début du film. Trois de ses petites amies sont ensemble, se droguent et le tuent comme Raspoutine. Il ne monte pas au ciel, mais dans les limbes en tout cas ce qu’il y a entre le Ciel, l’Enfer et la Terre. Dieu lui dit: ” D’un côté, vous êtes un type formidable et vous avez acquis assez de mérites pour entrer au Ciel. D’un autre côté, vous avez été si dégueulasse avec les femmes que je vous renvoie sur terre. Si vous trouvez une seule femme c’est tout, seulement une - qui vous aime, je vous laisse entrer au Ciel. ” Il se dit: ” Fantastique, j’ai une seconde chance, je peux y retourner, at-ce que ce sera difficile de trouver une femme qui m’aime ? ” Alors, il se réveille dans son lit le lendemain matin, il se dit: ” C’est un nouveau jour, je suis encore vivant! ” Il se lève pour aller pisser, et bien sûr il ne remarque pas encore qu’il est maintenant une femme. Maintenant il doit trouver cette femme, mais non plus comme l’homme qu’il était avant. Je m’y suis beaucoup amusé, mais cela m’a aussi mis sur les rotules, et cela a fait peur à beaucoup de gens du métier. Beaucoup de gens au début m’ont dit: ” Je vais le faire, mais vous devez enlever deux séquences, parce que l’Américain moyen n’est pas prêt pour cela. ” J’ai dit: ” Je ne peux pas faire cela. ” J’ai considéré tout cela, je suis revenu et j’ai dit: ” Si je ne le fais pas, alors c’est fini pour moi. Je préférerais ne pas faire ce film que d’exclure ces deux choses. ”
C’est l’épine dorsale du film ?
Non, pas vraiment. L’actrice que je souhaitais a lu le scénario et nous a dit qu’il lui plaisait, mais que pour différentes raisons elle ne pouvait le faire. Je lui ai proposé de retirer ces deux séquences, pour voir sa réaction, et elle a dit: ” Si vous les enlevez, je ne le ferai pas. ” J’ai dit: ” Un bon point pour vous. Vous réalisez que nous pouvons être condamnés avec cela. ” Elle a répondu: ” Si vous ne prenez pas le risque.., j’aimerais le faire parce que c’est différent. J’étais morte de rire et tout d’un coup vous m’avez précipitée dans l’abîme. ” Il est vrai que je le fais violer, tomber enceinte et accoucher. Il intrigue pour retrouver son emploi dans une agence de publicité. Il le demande à son patron, qui ne s’aperçoit pas que c’est un homme dans un corps de femme, pour un emploi. Il prétend être la sœur du type. Le patron dit: ” Pourquoi devrais-je vous embaucher? “, et il répond: ” Je vous obtiendrai le budget Untel. ” ” Vous m’obtenez ce budget, dit le patron, et l’emploi est a vous. ” Maintenant le type sait que la femme responsable du budget en question est une lesbienne notoire belle, intelligente, etc. Alors, il suppute: ” Je suis une femme à présent, je peux la séduire. ” Et comme c’est l’homme ici qui réagit, il ne pense pas qu’il peut y avoir un problème. Après tout, mon Dieu, il ne s’agit que de coucher avec une femme. Commencent alors de grosses complications parce qu’il veut dominer, mais il est une très belle femme. Je joue de cela. Au début tous les” argentiers ” - ont dit:”L’Américain moyen! Le lesbianisme ! “, etc. Et je leur ai dit: ” Si je ne peux jouer avec cela, alors je me retire. ”
L’homosexualité et le lesbianisme apparaissent généralement dans vos films avec des personnages secondaires ou mineurs. Vous introduisez généralement ces personnages gays non sans répugnance de prime abord. Par exemple la situation de Toddy au début de Victor Victoria, où il est exploité par le type avec lequel il vit. Et dans L’amour est une grande aventure, ou l’impresario est désagréable et acerbe, et ou plus tard à la réception on s’aperçoit qu’il se préparait à mourir dans Elle aussi vous avez les relations entre Robert Webber et le jeune homme, et dans Meurtre à Hollywood c’est la relation lesbienne. Dans la plupart de ces films, il y a un élément impliquant ce genre d’exploitation désagréable et au même moment vous êtes compatissant, vous faites en sorte que le public s’identifie avec certains de ces personnages gay. Y a-t-il ambivalence dans votre esprit sur les homosexuels ? Y a-t-il une part du narrateur qui voudrait les punir et les rendre répugnants, et une part qui voudrait que les spectateurs s’identifient réellement et sympathisent avec eux?
En tout premier lieu, cela fait partie de la sexualité. Qu’ils soient gay ou non, c’est la sexualité qui m’intéresse.
C’est en effet la vraie question de vos films.
Oui, c’est la vraie question. Et j’ai connu tant d’homosexuels, tant de gens de ce milieu, et ma perception de ce monde, probablement très étroite, est que pour certaines raisons, je ne tenterai pas de justifier ou de l’expliquer beaucoup de gays que j’ai connus à Hollywood ou dans le monde du spectacle étaient très intelligents, terriblement créatifs, et très retors. Je l’ai vu particulièrement à New York. Ils l’appellent la mafia gay, où le monde gay contrôle effectivement le théâtre, et utilise sa sexualité comme une arme cruelle. Pour moi,i ls sont très intéressants à dépeindre à cause de certains traits excessifs de leurs personnages. L’un de mes proches amis, qui était mon assistant pour les dialogues, était un cher, adorable garçon, qui avait cette sorte d’esprit et de langue qui descendait constamment toute la communauté; cela se comprenait sûrement parce qu’ils étaient si critiques envers lui, et parce que Dieu sait qu’il a enduré dans cette vie de gay. Je crois qu’il est nécessaire de défendre les droits de chacun à choisir son style de vie, mais je pense aussi avoir le droit de dire ce que je pense de dire les choses que je vois constamment. Je ne peux être plus clair.
Au lieu de montrer les homosexuels comme bizarres, comme ils le sont dans certains films, vous les montrez comme des gens qui ont des problèmes relationnels comme les hétérosexuels.
Bien sûr, parce qu’ils en ont!
Mais vos films les polarisent: il y a des homosexuels et des hétérosexuels. Avec l’étrange exception des travestis dans Peter Gunn, détective spécial et cela semble l’exception qui confirme la règle êtes-vous resté éloigné des personnages bisexuels de vos films ?
Je le crois, parce que je ne les comprends pas. Je n’ais aucun contact avec eux. Je ne connais aucun bisexuel. Je veux dire, j’en connais sûrement, mais je ne le sais pas. Vous comprenez? Je n’ai jamais envisagé la bisexualité dans mon style de vie, je n’y ai jamais été sensible. J’ai toujours été fasciné par le monde des homosexuels. Je trouve infiniment plus difficile pour moi de commenter la bisexualité que les deux extrêmes.
Le personnage du gangster Fusco dans Peter Gunn, détective spécial peut-être perçu comme un bisexuel, parce qu’il a des relations avec Daisy Jane.
Oui, vous avez raison, de par Dieu. Je n’y ai jamais pensé. Bien sûr, vous avez raison.
Seulement d’une manière étrange, parce que nous avons réalisé que vous l’avez reconstruit après les faits.
C’est vraiment un meurtrier travesti; il n’est pas présenté comme bisexuel, & aucun moment dans le déroulement du film.
Mais vous voyez, je ne sais pas comment faire pour le représenter comme un bisexuel à moins qu’il ne s’arrête pour vous dire qu’il est bisexuel. Avec un vrai homosexuel, je peux utiliser certains indices pour le faire apparaître, et avec les hétérosexuels c’est évident, vous savez!
C’est très intéressant, avec toute la mythologie sur la sexualité & Hollywood, que vous ne connaissiez personne qui soit bisexuel.
C’est une chose de sortir du secret et de dire: ” Je suis gay! ” Je ne connais personne qui en sorte et dise: ” Je suis bisexuel! ” Je ne l’ai jamais entendu! Je crois que le monde bisexuel est plus facile à dissimuler, à protéger ou même à ignorer que l’un ou l’autre des extrêmes.
Donc vous ne pensez pas qu’il est plus menaçant d’une certaine façon?
Je ne crois pas. C’est juste que je ne le comprends pas. Je me souviens lorsque Julie et moi avons été interviewés par Playboy et que le journaliste a dit: ” Je vais aborder un sujet épineux. Vous savez, il y a des bruits qui sous-entendent que Julie et vous êtes… “, et il voulait dire bisexuels, que nous faisions des exploits sexuels,et des choses comme cela. Je l’ai simplement regardé et j’ai dit: ” Je ne vais pas commenter cela. Si vous aviez dit: “J’ai entendu dire que vous étiez homosexuel”, alors j’aurais pu dire: “D’accord, parlons-en.” ” Ou s’il avait dit que Julie était homosexuelle, bien, cela aurait été une grosse farce. Mais lorsqu’il a sous-entendu que nous étions bisexuels, j’ai dit: ” C’est trop compliqué pour moi. ” Je ne suis pas tourné vers ce genre de sexualité.
Qu’est-ce qui selon vous explique cette perception?
Oh, je ne sais pas. C’est si typique de cette ville. Il ya eu cette rumeur selon laquelle j’étais homosexuel depuis mes débuts dans les affaires et il n’y a rien de plus éloigné de la vérité. Je ne le dis pas pour fanfaronner.En fait, aux gens qui s’amènent avec cela, je dis: ” écoutez, si vous voulez en discuter, je ne peux que vous dire que si j’étais gay, je serai le premier à l’admettre. Je sortirais du secret et dirais: “Je suis gay.” ”
Avant d’abandonner le sujet de la mise en scène des scénarios des autres, parlons de Boire et déboires.
J’ai fait un énorme travail de réécriture pour ce film, et il y a eu un arbitrage automatique non parce que j’avais réécrit, mais parce que Leslie Dixon, Dale Launer et les gens comme eux sont les auteurs originaux. C’est intéressant que Dixon vous ait dit qu’elle faisait tant d’objections à la version révisée.
Elle l’a dit.
Elle n’est pas au générique
C’est aussi l’ironie de la situation. Mais le scénario que son impresario nous a envoyé porte la mention: ” Ecrit par Dale Launer, révisé par Blake Edwards, Leslie Dixon et Tom Ropelewski. ” De toute façon. Dixon et Ropelewski ne sont pas crédités du film.
Mon sentiment est que je n’ai rien à voir avec son scénario, mais je peux me tromper. Tout ce que je sais,c’est qu’il y avait dedans des choses que je trouve inacceptables, que je ne voulais pas faire. Je ne sais pas si elle a quelque chose à voir avec cela, ou si c’est Launer mais je me rappelle que la bouche de la fille ivre glisse vers la braguette du type, puis qu’elle vomit sur ses genoux. Ce ne sont pas des choses qui m’intéressent particulièrement. C’est ce genre de choses que j’ai changées particulièrement.
Est-il vrai que vous ayez rajouté toute la dernière partie?
Lorsqu’ils le mettent à la porte de la maison? Oui, c’est vrai.
Apparemment il y a une courte scène où ils se marient, et c’était tout, Alors vous y ajoutez l’énorme farce typique du style Blake Edwards avec tous ces gens allants et venants dans une chambre. Voilà un excellent exemple d’un changement majeur que vous pouvez faire et dont vous n’êtes pas crédité, parce que c’est un long passage du film, mais qu’il y a peu de dialogue.
C’est vrai.
Parlons d’un sacré bordel. Dans quelques comédies physiques, particulièrement Un sacré bordel, vous avez un développement thématique minimal. Nous ne trouvons pas de thème dans le film. Vous utilisez une ligne de base comme cadre, et virtuellement l’ignorez pour développer une remarquable construction de gags.
Est-ce de cette manière que vous concevez les comédies physiques?
C’est difficile de parler de ce film. Je me souviens de sa genèse, mais je ne me souviens pas comment je suis arrivé à cette structure. C’est comme dire: ” pouvez-vous me décrire vos deux années dans l’aile des fous d’un hôpital psychiatrique? Donnez-nous les références et les hallucinations ”
Positif n°347 janvier 1990, par Peter Lehman et William Luhr.