
Plusieurs personnes disent que dans des films comme Un sacré bordel, Boire et déboires et La Party, il n’y a aucun
développement de personnage et peu d’intrigue; les personnages tournent en rond, ils sont frénétiques, et il y a tous ces gags
élaborés. Par exemple dans La Party Peter Sellers surgit et défait la maison du type pendant une heure et demie - il n’y a
pas grand-chose à ajouter. Et dans Un sacré bordel il y a cette poursuite pour une heure et demie.
C’est votre façon de raconter l’histoire. Vous pouvez perdre une heure et demie ou deux à faire quelque chose d’intéressant à porter à l’écran en ce qui me concerne. Certains choisissent de faire Lawrence d’Arabie avec des développements de personnages et tout ce qui compose ces films. Mais je pense qu’il faut vous poser la question: ” Quel est le but de ce que nous faisons? ” Devons-nous nous en tenir au sérieux narratif, au développement des personnages? Je me rappelle ce qui m’a stimulé pour faire La Party. Parlez de Jackson Pollock lançant la peinture sur la toile et vous obtiendrez: ” Comment peut-il faire cela, ce n’est pas de l’art! ” Cela arrive tout le temps, à travers les âges. Non pas que je sois un si grand innovateur, mais ce qui me pousse à faire des choses c’est que soudain les choses me plaisent Je pense: ” Seigneur, cela pourrait être marrant! Ne serait-ce pas différent? ” Je ne réfléchis pas à savoir si oui ou non je développe les personnages ou l’intrigue. La Party vient du fait que tant de choses dans la Panthère avec Sellers étaient la découverte, la spontanéité, la digression; choses qui n’étaient pas écrites et qu’on a faites sur le plateau. Je ne sais pourquoi, je me répétais souvent: ” Ne serait-ce pas amusant de faire tout un film de cette façon ? ” Les films de la Panthère tournaient autour. Cela ne veut pas dire que vous n’avez pas d’intrigue sérieuse, des personnages et un développement intéressants, nous avons choisi seulement de ne pas le faire de cette manière. Nous sommes de grands admirateurs des premiers films et de leurs intrigues simples.
Un cliché des critiques, à la sortie d ‘un sacré bordel, était que c’était un court métrage étiré en long métrage.
C’est peut-être cela. Qui vous dit que vous ne pouvez faire un court métrage? Si cela ne soutient pas l’intérêt, si on ne rit pas, alors vous avez échoué. Mais si les gens rient et aiment cela, alors vous avez réussi.
Avez-vous revu Un sacré bordel depuis son tournage?
Oui.
Cela vous a-t-il plu?
Je crois que c’est meilleur que ce que les gens en ont dit.
Peu importe que cela ait marché ou non, essentiellement c’est un film où l’on prend plaisir dans l’agencement frénétique de tout cet humour Il n’y a aucune réalité des personnages ni de développement thématique. Mais cela peut être un régal si le film est structuré par ailleurs ce qui nous semble le cas ici. Vous avez mis beaucoup d’énergie à structurer ces gags.
Oui, et j’ai aimé cela. Et j’en reviens toujours au fait que ce n’est pas si mauvais! C’est même assez bon.
Pourquoi êtes vous venu à la production indépendante pour Thats Life!? Etait ce parce que personne ne voulait vous financer?
J’ignore si oui ou non, quelqu’un l’aurait fait. Je crois que je ne voulais pas affronter les problèmes habituels. Je crois que pour changer, je désirais tout contrôler, savoir ce qu’on éprouve à y mettre son propre argent, et faire toutes ces choses. J’étais dans le jacuzzi un jour et j’ai commencé à me sentir mieux. La maladie me quittait et j’ai pensé: ” Je veux remettre le pied à l’étrier et faire quelque chose qui ne me soumettra pas à tant de pression. ” La meilleure chose était de ne pas s’éloigner. Je suis un homme attaché à la famille. Je refais une famille partout où je vais, et j’ai toujours les mêmes personnes qui travaillent avec moi. Ma famille, Julie, les enfants et toutes ces choses sont très importantes pour moi à tel point que j’ai pensé: ” Mettons ensemble ma famille et ma vie professionnelle et faisons un film. ” Ce n est peut-être pas une façon très adulte d’agir, mais je n’ai jamais été une personne adulte.
Pour la promotion du film, vous avez dit qu’il était fortement autobiographique. Lorsque vous regardez en arrière maintenant, en dépit de toute cette franchise brutale dans certains cas, y a-t-il des cas où vous pensez que vous avez laissé des choses de côté ? Est-ce à la fois franc et trompeur?
Je ne crois pas que ce soit trompeur, vu alors qu’il faudrait pouvoir faire un film de quatre heures. Je pense qu en termes de temps ce est-ce qu’il me faudrait pour le développer. Si j’avais décidé de faire une mini série, j’aurais probablement renoncé à beaucoup de choses.
Nous ne voulons pas dire abandonné dans ce sens. Vous êtes certainement très critique de plusieurs façons sur le personnage qui vous incarne. Y a-t-il des zones que vous réprimez en disant: ” Je voudrais critiquer mon côté hypocondriaque où mon côté coureur, mais bon Dieu, je ne ferai pas ceci ou cela ? ”
Non, je crois que si j’avais traité seulement ce personnage, je me serais trouvé beaucoup plus tenté d’étudier mes autres facettes ou les siennes. Mais puisque c’était autant son histoire à elle qu’à lui, je n’ai pas eu le temps de faire plus que de prendre les grandes lignes l’hypocondrie, le côté coureur, ce genre de choses et j’ai joué avec du mieux que j’ai pu.
Meurtre à Hollywood était un projet auquel vous pensiez jusqu’à ce que vous le réalisiez finalement avec Bruce Willis. Lorsque vous avez une personnalité aussi connue que Bruce Willis. Avez-vous besoin de redéfinir le projet?
Oh oui ! je crois que cela arrive assez souvent. C’est sûrement arrivé dans le cas de Meurtre à Hollywood. La distribution originale de Meurtre à Hollywood était Jimmy Garner et Robert Duvaîl. Ils devaient jouer Tom Mix et Wyatt Earp. Et lorsque vous sentez Duvaîl dans le rôle de Tom Mix, vous pouvez voir îa différence entre ;les deux.
Il y a une énorme différence.
Duvall a endossé ce rôle comme un vieux manteau. et aurait été le vrai côté western de Tom Mix, parce que Tom Mix fut réellement un cow-boy, il était shérif. Lors que Bruce est venu dans le film, il a dû devenir un Tom plus artificiel. Il était important de montrer ce côté urbain de Bruce quoi qu’il fasse. Alors, ce personnage devait être changé, et la relation entre Mix et Earp devenait alors très différente. Maintenant l’un représentait l’Ouest et l’autre Hollywood, ils ne pouvaient plus avoir la même sorte de relation étroite que dans le concept original.
Devaient-ils avoir un écart d’âge aussi? Duvall est entre deux âges tandis que Willis est un jeune homme.
C’est vrai, absolument. On aurait plus eu le sentiment de contemporains avec Duvaîl et Garner. Cela a dû être transformé du jeune homme à l’homme plus âgé. Et toutes ces choses ont dû être mises en place.
Etes-vous content de Meurtre à Hollywood?
Non.
Pourriez-vous préciser les raisons de votre insatisfaction?
Je pense que je me suis écrasé pour pouvoir le faire. Je n’aurais pu y arriver autrement, et alors Bruce est arrivé. J’ai vraiment cru que cela marcherait, mais j’ai échoué. Cela aurait peut-être pu marcher, mais je n’y suis pas parvenu. Je l’aurais peut-être fait avec Duval.
Meurtre à Hollywood n’a pas la sophistication visuelle de la plupart de vos autres films. C’est plutôt plat Le travail de la caméra et le découpage sont moins intéressants que d’habitude. Apparemment, lorsque les relations entre les personnages se sont mises à ne pas marcher, le film a aussi perdu la vitalité visuelle que vous apportez habituellement à vos films.
Je peux donner beaucoup de raisons à cela. Je ne parlerai pas de la principale raison, parce que cela concerne les personnalités et les problèmes que nous avons eus. Ces choses ne m’ont pas nécessairement gêné dans le passé. Mais tant de choses déplaisantes sont venues de la compagnie de production, et ce genre de choses, que je pense qu’il était inévitable que je perde mon enthousiasme ou même la capacité de le faire convenablement en suivant la ligne.
Tout au long de votre carrière, et particulièrement récemment, vous avez pris des gens ayant une image de star, et leur avez distribué des rôles à contre-emploi. Vous avez déclaré l’avoir fait avec Craig Stevens dans Peter Gunn, détective spécial. Bruce Willis avait une image tout à fait différente de celle que vous lui avez donnée dans Boire et déboires. George Carlin avait une image plus crue que celle de son personnage Justin Case dans l’émission télévisée. Et John Ritter, que vous ayez pris dans L’amour est une grande aventure, avait une image télévisuelle assez forte qui diffère de son rôle. C’est plus que choisir à contre-emploi ; c’est reconsidérer une carrière et lancer quelqu’un dans une nouvelle direction. Y avez-vous pensé?
Oui, et je pense que si ça marche, c’est un caractère additionnel. J’ai été très impressionné par un exemple de cela quand j’étais plus jeune, et c’était Dick Powell. Cela fait comme un retour, une résurrection. Cela a à voir avec être au plus bas, fini et tout à coup se relever et se remettre dans le coup. J’aime à croire que ma carrière est pleine de cela.
Tout à l’heure vous parliez de ce que les critiques disaient récemment. Dans un sens, c’est l’une des choses qui me poussent à travailler plus fort, à m’étudier et arriver avec quelque chose qui dit: ” Bon, maintenant soyez hypocrites. Maintenant je suis de retour avec Le Retour de la Panthère rose, j’aimerais vous entendre tous dire: “Je savais que vous y arriveriez !” ”
Mais John Ritter n’est jamais réellement “fini ”
C’est vrai, mais il y a des éléments de ce genre. Ritter était fini au cinéma. Il reste une grande, grande personnalité de la télévision, et, je pense, préfère cela. Il ne voulait pas de la lutte pour tenter de faire des films, et je le comprends. Mais il a eu ses chances au cinéma avec Bogdanovich et d’autres, et ça n’a pas pris. Mais je ne crois pas qu’il soit un exemple extrême comme certains de ceux que vous avez nommés. Pensez à Powell chantant B5. a Waterfall, et soudainement sa carrière s’interrompt jusqu’à ce qu’il fasse Adieu, ma belle. Soudain ce type que vous avez vu sur l’écran avec Ruby Keeler devient un dur aux cheveux courts. En tout cas, cela a marché et dès lors cela l’a rendu plus consistant, plus crédible. Cela lui a donné un truc que vous n’auriez eu nulle part ailleurs. Bogart est comme cela. Personne n’y pense, mais Bogart était ” le beau jeune homme ” Il était le jeune premier sur la scène avant de jouer Duke Mantee.
Aviez-vous vu le travail de télévision de John Ritter ? Est-ce la raison de votre choix?
Je connaissais John depuis longtemps et, oui, j’ai vu son travail de télévision. Comme comédien physique je l’ai toujours aimé, mais d’avance je savais des choses sur lui. Lorsque nous établissions la distribution, j’ai dit: ” J’y ai pensé, mais je crois qu’il est trop jeune, c’est une sorte de chérubin. ” Puis Tony Adams, mon producteur, l’a vu à la télévision et a dit: ” Il s’est laissé pousser la barbe, regardez-le. ” Et lorsque j’ai vu la barbe, j’ai dit: ” Allons-y! ”
Y a-t-il là un élément fonctionnel dans ce film: faire ressortir un aspect du personnage surprenant pour les gens qui l’ont vu à la télévision dans Three’s Company et Hooperman?
Oui, et j’espère que le même phénomène marche dans Le Détective fantôme.
Mettre George Carlin dans un film de Disney et choisir Peter Strauss dans Peter Gunn, détective spécial semble être des premières. Et en ce cas vous devriez travailler encore, encore et encore avec ces acteurs dans un rôle différent de leur image de star
La chose dont vous parlez n’opère pas toujours, parce qu’au début je ne voyais pas Strauss comme Peter Gunn.
Vous voulez dire que le scénario était écrit avant qu’on l’ait choisi?
Oui. Je ne pensais pas du tout à lui. Il était l’un des acteurs acceptables pour le réseau. C’était vraiment un choix commercial. Je suis heureux que cela ait été Strauss, parce que je l’aime, et je pense qu’il a fait quelque chose en droite ligne avec ce que vous souligniez. Mis je ne l’ai pas choisi pour cette raison; je ne pensais pas de cette façon. Je ne peux me souvenir quelles étaient les raisons pour George Carlin
Beaucoup de gens pensent à lui comme un type fort en gueule.
Je dois encore dire: ” Faites attention à la vérité. ” Le vrai Justin Case était plus dur, plus terrible, beau coup plus fort en gueule en un sens que ce que vous pouvez faire à la télévision Ce n’était pas conçu pour être un film de Disney, pas au début. Au début, il était même, impliqué qu’il soit, un peu plus vieux salaud avec la fille.
Etait ce une représentation théâtrale à l’origine?
Non, c’était prévu pour la télévision, mais après 21 h. Et soudainement, c’est entré dans toute cette chose de Disney, et a été édulcoré et est devenu bénin.
C’est le mot parfait C’est une version bénigne de quelques idées avec lesquelles vous jouez dans vos au- b-es films… Lorsque vous faites un numéro zéro pour la télévision, utilisez-vous un schéma différent de celui que vous employez pour le cinéma? Voyez-vous sept ou huit choses qui seront tout au long de l’histoire et suffisamment importantes pour être mentionnées dans le premier épisode?
Bien évidemment, vous espérez connaître l’heure de programmation pour laquelle vous écrivez, parce que c’est essentiel. Si vous écrivez pour 20 h ou plutôt vous êtes limité à certaines choses. La Commission va vous tuer. Vous ne pouvez faire certaines des choses que j’aime faire. Et si c’est après 21 h, cela dépend de la chaîne, parce qu’à NBC vous pouvez en faire plus qu’à ABC.
Quel est le caractère de la jeune voisine dans Le Détective fantôme? La raison pour laquelle vous lui consacrez autant de temps n’est-elle pas que si cela devient un feuilleton, ce sera un personnage coloré à ramener semaine après semaine?
Absolument, c’est cela. Vous apprenez très tôt à la télévision que vous ne pouvez espérer que votre acteur portera le spectacle semaine après semaine, alors vous commencez à orienter le spectacle dans une autre direction. Vous avez les principaux personnages pour porter les épisodes, et très souvent ces gens se lancent dans leur propre feuilleton. Aussi il faut en tenir compte.
Ces deux films récents de télévision sont conservateurs sexuellement
Oui, certainement. Regardez le film télévision Peter Gunn, détective spécial c’est à cause des chaînes. C’est aussi simple. Vous êtes pris avec cela.
Mais n’y a-t-il aucun moyen d’innover sans mécontenter les chaînes? Par exemple, à la fin du Détective fantôme, la femme est totalement piégée par ces hommes puissants, dans un sens c’est si atypique de vos films. C’est intéressant de comparer ce film avec Victor Victoria parce que dans Victor Victoria le défi de la femme est beaucoup plus fort. Cette femme ne fait que ce que le personnage de George Carlin lui dit de faire pour finir par emménager chez lui. Il nV u aucune indication sur ses sentiments étouffés, ou qu’elle parle d’elle-même comme le personnage de Julie Andrews dans Victor Victoria. C’est très léger, mais les mêmes situations seraient beaucoup plus compliquées dans vos films. Et dans le film de télévision Peter Gunn, détective spécial aussi. le genre de matière n est pas aussi proche du défi que dans vos films.
Non, effectivement. Et là encore, cela dépend de l’heure de diffusion, cela dépend de la chaîne, cela dépend d’un tas de choses, et vous êtes pris avec, la plupart du temps.
Nous avons commencé cet entretien en disant, qu’une perception critique de votre travail est que Victor Victoria est le sommet de votre oeuvre, et que vos films déclinent depuis. Une autre perception critique que l’on rencontre très souvent est que vos films se préoccupent e plus en plus des problèmes des riches et des privilégiés. Devenez-vous incroyablement intéressé par les gens ont le style de vie est extrêmement privilégié?
Je ne crois pas être de plus en plus intéressé. Je pense s’il y a plusieurs réponses à cette question. ‘une d’elles est que si je travaillais à l’allure à laquelle la plupart des metteurs en scène travaillent, nous n’aurions pas cette conversation, parce que je n’aurais pas ait autant de films que j’en ai fait. Dès lors, lorsque vous avez autant de films à regarder, l’un après l’autre certaines semblent être infiniment plus évidentes, plus criantes. Une autre réponse est que je ne suis certainement pas le premier à écrire sur ces gens. Et ‘est aussi probablement parce que je connais des gens comme cela beaucoup mieux que je ne connais la famille moyenne qui peut avoir les mêmes problèmes. Je ne suis pas concerné intimement par la famille moyenne, sinon je crois que je pourrais écrire dessus. Une autre réponse est que j’écris des comédies. Vous savez, je fais un carton sur ces gens. Un critique a dit: ” Qui s’en soucie? ” Mais faut-il s’en soucier pour qu’un film ait du succès? Je voudrais lui dire: ” J’espère que vous n’aurez pas un cancer, ou la panne de l’écrivain, parce que vous êtes un type très privilégié, et je suis certain que vous vivez à l’aise. Si cela vous arrivait, je me demande si vous penseriez que nous devrions accorder plus de considération à la classe moyenne qu’aux gens à qui tout réussit. ” Je pense que les gens qui réussissent qui ont des problèmes sont tout aussi intéressants. La critique ne leur accorde peut-être pas assez d’importance. Peut-être que je ne leur accorde pas assez d’importance. Je peux comprendre de quelle façon cela peut être une critique valable, mais je pense que c’est du baratin. Je peux citer un tas d’artistes qui se fixent sur un thème, de sculpteurs et de peintres qui passent par une période où ils se répètent, tentant de faire de mieux en mieux. Vous savez, vous devenez obsédé par quelque chose et vous voulez le faire le mieux possible. Je crois que c’est Vincent Canby qui m’a critiqué disant qu’un film de moi était comme si j’étais quelqu’un qui n’a jamais quitté la Californie. Et Woody Allen, bon Dieu? Que doit dire la critique? C’est comme si WoodyAllen n’avait jamais quitté New York
Il se trouve que New York est là où il vit
Qui, mais la Californie est là où je vis! C’est là que sont mes racines. Je pouffais faire mes objections, mais certainement j’ai désappointé Canby d’une manière, et je l’ai fâché d’une autre façon, c’est pourquoi il m’attaque. Bon, qu’il aille se faire foutre! Je m’en moque. Je me fâche un peu parce que je trouve que ce n’est pas régulier.
Ces gens qui acquièrent cette importance sont généralement blancs. Comment réagissez-vous au sujet des minorités dans vos films? Vous avez tendance à avoir des minorités raciales dans des rôles mineurs. Par exemple, dans L’amour est une grande aventure, il v a un serviteur oriental dans la maison. Y avez-vous pensé?
Vous voulez dire: leur donner des rôles majeurs plutôt que des rôles mineurs?
Ou les laisser tomber plutôt que de leur donner des rôles mineurs.
Non. Je veux dire, je ne veux certainement pas le laisser tomber. Je suis profondément préoccupé par les problèmes raciaux. Je l’ai toujours été. J’ai été l’un des premiers à tenter de briser cette barrière raciale à la télévision lorsque j’ai demandé Ricardo Montalban pour faire Mr Lucky et j’ai combattu la chaîne. Montalbanétait mon premier choix, et je me suis heurté au préjugé racial. ” Un latino comme vedette? Absolument pas ! “Ils n’étaient pas partants. Mon engagement antiraciste est beaucoup moins visible en termes de ce que je pense et ce que je fais. Pour vous donner un exemple, sur un point je voulais faire quelque chose qui serait une réelle contribution au problème racial, mais j’ai pensé, je ne peux pas écrire un film de Noirs. Je ne suis pas noir. Et alors je dois l’éviter, parce que je vais me démolir si je tente quelque chose comme cela. Aussi la meilleure chose à faire est de mettre quelqu’un dans mon film qui serait le meilleur ami; il n’est pas le chef, c’est le second rôle, ou un truc comme cela. Mais alors, j’écris toujours sur un Noir, et pour y arriver, je pense que je devrais aller trouver un Noir et lui dire: Travail-lez avec moi sur cela. Je veux savoir comment vous pensez. ” De toute manière, si un Noir ne le fait pas, cela ne sonnera jamais juste pour moi.
C’est une vertu de votre style, en fait parce qu’il y a une sorte de libéralisme facile qui dit: ” Je parle pour les Noirs ” ou pour n’importe quoi.
C’est votre façon de raconter l’histoire. Vous pouvez perdre une heure et demie ou deux à faire quelque chose d’intéressant à porter à l’écran en ce qui me concerne. Certains choisissent de faire Lawrence d’Arabie avec des développements de personnages et tout ce qui compose ces films. Mais je pense qu’il faut vous poser la question: ” Quel est le but de ce que nous faisons? ” Devons-nous nous en tenir au sérieux narratif, au développement des personnages? Je me rappelle ce qui m’a stimulé pour faire La Party. Parlez de Jackson Pollock lançant la peinture sur la toile et vous obtiendrez: ” Comment peut-il faire cela, ce n’est pas de l’art! ” Cela arrive tout le temps, à travers les âges. Non pas que je sois un si grand innovateur, mais ce qui me pousse à faire des choses c’est que soudain les choses me plaisent Je pense: ” Seigneur, cela pourrait être marrant! Ne serait-ce pas différent? ” Je ne réfléchis pas à savoir si oui ou non je développe les personnages ou l’intrigue. La Party vient du fait que tant de choses dans la Panthère avec Sellers étaient la découverte, la spontanéité, la digression; choses qui n’étaient pas écrites et qu’on a faites sur le plateau. Je ne sais pourquoi, je me répétais souvent: ” Ne serait-ce pas amusant de faire tout un film de cette façon ? ” Les films de la Panthère tournaient autour. Cela ne veut pas dire que vous n’avez pas d’intrigue sérieuse, des personnages et un développement intéressants, nous avons choisi seulement de ne pas le faire de cette manière. Nous sommes de grands admirateurs des premiers films et de leurs intrigues simples.
Un cliché des critiques, à la sortie d ‘un sacré bordel, était que c’était un court métrage étiré en long métrage.
C’est peut-être cela. Qui vous dit que vous ne pouvez faire un court métrage? Si cela ne soutient pas l’intérêt, si on ne rit pas, alors vous avez échoué. Mais si les gens rient et aiment cela, alors vous avez réussi.
Avez-vous revu Un sacré bordel depuis son tournage?
Oui.
Cela vous a-t-il plu?
Je crois que c’est meilleur que ce que les gens en ont dit.
Peu importe que cela ait marché ou non, essentiellement c’est un film où l’on prend plaisir dans l’agencement frénétique de tout cet humour Il n’y a aucune réalité des personnages ni de développement thématique. Mais cela peut être un régal si le film est structuré par ailleurs ce qui nous semble le cas ici. Vous avez mis beaucoup d’énergie à structurer ces gags.
Oui, et j’ai aimé cela. Et j’en reviens toujours au fait que ce n’est pas si mauvais! C’est même assez bon.
Pourquoi êtes vous venu à la production indépendante pour Thats Life!? Etait ce parce que personne ne voulait vous financer?
J’ignore si oui ou non, quelqu’un l’aurait fait. Je crois que je ne voulais pas affronter les problèmes habituels. Je crois que pour changer, je désirais tout contrôler, savoir ce qu’on éprouve à y mettre son propre argent, et faire toutes ces choses. J’étais dans le jacuzzi un jour et j’ai commencé à me sentir mieux. La maladie me quittait et j’ai pensé: ” Je veux remettre le pied à l’étrier et faire quelque chose qui ne me soumettra pas à tant de pression. ” La meilleure chose était de ne pas s’éloigner. Je suis un homme attaché à la famille. Je refais une famille partout où je vais, et j’ai toujours les mêmes personnes qui travaillent avec moi. Ma famille, Julie, les enfants et toutes ces choses sont très importantes pour moi à tel point que j’ai pensé: ” Mettons ensemble ma famille et ma vie professionnelle et faisons un film. ” Ce n est peut-être pas une façon très adulte d’agir, mais je n’ai jamais été une personne adulte.
Pour la promotion du film, vous avez dit qu’il était fortement autobiographique. Lorsque vous regardez en arrière maintenant, en dépit de toute cette franchise brutale dans certains cas, y a-t-il des cas où vous pensez que vous avez laissé des choses de côté ? Est-ce à la fois franc et trompeur?
Je ne crois pas que ce soit trompeur, vu alors qu’il faudrait pouvoir faire un film de quatre heures. Je pense qu en termes de temps ce est-ce qu’il me faudrait pour le développer. Si j’avais décidé de faire une mini série, j’aurais probablement renoncé à beaucoup de choses.
Nous ne voulons pas dire abandonné dans ce sens. Vous êtes certainement très critique de plusieurs façons sur le personnage qui vous incarne. Y a-t-il des zones que vous réprimez en disant: ” Je voudrais critiquer mon côté hypocondriaque où mon côté coureur, mais bon Dieu, je ne ferai pas ceci ou cela ? ”
Non, je crois que si j’avais traité seulement ce personnage, je me serais trouvé beaucoup plus tenté d’étudier mes autres facettes ou les siennes. Mais puisque c’était autant son histoire à elle qu’à lui, je n’ai pas eu le temps de faire plus que de prendre les grandes lignes l’hypocondrie, le côté coureur, ce genre de choses et j’ai joué avec du mieux que j’ai pu.
Meurtre à Hollywood était un projet auquel vous pensiez jusqu’à ce que vous le réalisiez finalement avec Bruce Willis. Lorsque vous avez une personnalité aussi connue que Bruce Willis. Avez-vous besoin de redéfinir le projet?
Oh oui ! je crois que cela arrive assez souvent. C’est sûrement arrivé dans le cas de Meurtre à Hollywood. La distribution originale de Meurtre à Hollywood était Jimmy Garner et Robert Duvaîl. Ils devaient jouer Tom Mix et Wyatt Earp. Et lorsque vous sentez Duvaîl dans le rôle de Tom Mix, vous pouvez voir îa différence entre ;les deux.
Il y a une énorme différence.
Duvall a endossé ce rôle comme un vieux manteau. et aurait été le vrai côté western de Tom Mix, parce que Tom Mix fut réellement un cow-boy, il était shérif. Lors que Bruce est venu dans le film, il a dû devenir un Tom plus artificiel. Il était important de montrer ce côté urbain de Bruce quoi qu’il fasse. Alors, ce personnage devait être changé, et la relation entre Mix et Earp devenait alors très différente. Maintenant l’un représentait l’Ouest et l’autre Hollywood, ils ne pouvaient plus avoir la même sorte de relation étroite que dans le concept original.
Devaient-ils avoir un écart d’âge aussi? Duvall est entre deux âges tandis que Willis est un jeune homme.
C’est vrai, absolument. On aurait plus eu le sentiment de contemporains avec Duvaîl et Garner. Cela a dû être transformé du jeune homme à l’homme plus âgé. Et toutes ces choses ont dû être mises en place.
Etes-vous content de Meurtre à Hollywood?
Non.
Pourriez-vous préciser les raisons de votre insatisfaction?
Je pense que je me suis écrasé pour pouvoir le faire. Je n’aurais pu y arriver autrement, et alors Bruce est arrivé. J’ai vraiment cru que cela marcherait, mais j’ai échoué. Cela aurait peut-être pu marcher, mais je n’y suis pas parvenu. Je l’aurais peut-être fait avec Duval.
Meurtre à Hollywood n’a pas la sophistication visuelle de la plupart de vos autres films. C’est plutôt plat Le travail de la caméra et le découpage sont moins intéressants que d’habitude. Apparemment, lorsque les relations entre les personnages se sont mises à ne pas marcher, le film a aussi perdu la vitalité visuelle que vous apportez habituellement à vos films.
Je peux donner beaucoup de raisons à cela. Je ne parlerai pas de la principale raison, parce que cela concerne les personnalités et les problèmes que nous avons eus. Ces choses ne m’ont pas nécessairement gêné dans le passé. Mais tant de choses déplaisantes sont venues de la compagnie de production, et ce genre de choses, que je pense qu’il était inévitable que je perde mon enthousiasme ou même la capacité de le faire convenablement en suivant la ligne.
Tout au long de votre carrière, et particulièrement récemment, vous avez pris des gens ayant une image de star, et leur avez distribué des rôles à contre-emploi. Vous avez déclaré l’avoir fait avec Craig Stevens dans Peter Gunn, détective spécial. Bruce Willis avait une image tout à fait différente de celle que vous lui avez donnée dans Boire et déboires. George Carlin avait une image plus crue que celle de son personnage Justin Case dans l’émission télévisée. Et John Ritter, que vous ayez pris dans L’amour est une grande aventure, avait une image télévisuelle assez forte qui diffère de son rôle. C’est plus que choisir à contre-emploi ; c’est reconsidérer une carrière et lancer quelqu’un dans une nouvelle direction. Y avez-vous pensé?
Oui, et je pense que si ça marche, c’est un caractère additionnel. J’ai été très impressionné par un exemple de cela quand j’étais plus jeune, et c’était Dick Powell. Cela fait comme un retour, une résurrection. Cela a à voir avec être au plus bas, fini et tout à coup se relever et se remettre dans le coup. J’aime à croire que ma carrière est pleine de cela.
Tout à l’heure vous parliez de ce que les critiques disaient récemment. Dans un sens, c’est l’une des choses qui me poussent à travailler plus fort, à m’étudier et arriver avec quelque chose qui dit: ” Bon, maintenant soyez hypocrites. Maintenant je suis de retour avec Le Retour de la Panthère rose, j’aimerais vous entendre tous dire: “Je savais que vous y arriveriez !” ”
Mais John Ritter n’est jamais réellement “fini ”
C’est vrai, mais il y a des éléments de ce genre. Ritter était fini au cinéma. Il reste une grande, grande personnalité de la télévision, et, je pense, préfère cela. Il ne voulait pas de la lutte pour tenter de faire des films, et je le comprends. Mais il a eu ses chances au cinéma avec Bogdanovich et d’autres, et ça n’a pas pris. Mais je ne crois pas qu’il soit un exemple extrême comme certains de ceux que vous avez nommés. Pensez à Powell chantant B5. a Waterfall, et soudainement sa carrière s’interrompt jusqu’à ce qu’il fasse Adieu, ma belle. Soudain ce type que vous avez vu sur l’écran avec Ruby Keeler devient un dur aux cheveux courts. En tout cas, cela a marché et dès lors cela l’a rendu plus consistant, plus crédible. Cela lui a donné un truc que vous n’auriez eu nulle part ailleurs. Bogart est comme cela. Personne n’y pense, mais Bogart était ” le beau jeune homme ” Il était le jeune premier sur la scène avant de jouer Duke Mantee.
Aviez-vous vu le travail de télévision de John Ritter ? Est-ce la raison de votre choix?
Je connaissais John depuis longtemps et, oui, j’ai vu son travail de télévision. Comme comédien physique je l’ai toujours aimé, mais d’avance je savais des choses sur lui. Lorsque nous établissions la distribution, j’ai dit: ” J’y ai pensé, mais je crois qu’il est trop jeune, c’est une sorte de chérubin. ” Puis Tony Adams, mon producteur, l’a vu à la télévision et a dit: ” Il s’est laissé pousser la barbe, regardez-le. ” Et lorsque j’ai vu la barbe, j’ai dit: ” Allons-y! ”
Y a-t-il là un élément fonctionnel dans ce film: faire ressortir un aspect du personnage surprenant pour les gens qui l’ont vu à la télévision dans Three’s Company et Hooperman?
Oui, et j’espère que le même phénomène marche dans Le Détective fantôme.
Mettre George Carlin dans un film de Disney et choisir Peter Strauss dans Peter Gunn, détective spécial semble être des premières. Et en ce cas vous devriez travailler encore, encore et encore avec ces acteurs dans un rôle différent de leur image de star
La chose dont vous parlez n’opère pas toujours, parce qu’au début je ne voyais pas Strauss comme Peter Gunn.
Vous voulez dire que le scénario était écrit avant qu’on l’ait choisi?
Oui. Je ne pensais pas du tout à lui. Il était l’un des acteurs acceptables pour le réseau. C’était vraiment un choix commercial. Je suis heureux que cela ait été Strauss, parce que je l’aime, et je pense qu’il a fait quelque chose en droite ligne avec ce que vous souligniez. Mis je ne l’ai pas choisi pour cette raison; je ne pensais pas de cette façon. Je ne peux me souvenir quelles étaient les raisons pour George Carlin
Beaucoup de gens pensent à lui comme un type fort en gueule.
Je dois encore dire: ” Faites attention à la vérité. ” Le vrai Justin Case était plus dur, plus terrible, beau coup plus fort en gueule en un sens que ce que vous pouvez faire à la télévision Ce n’était pas conçu pour être un film de Disney, pas au début. Au début, il était même, impliqué qu’il soit, un peu plus vieux salaud avec la fille.
Etait ce une représentation théâtrale à l’origine?
Non, c’était prévu pour la télévision, mais après 21 h. Et soudainement, c’est entré dans toute cette chose de Disney, et a été édulcoré et est devenu bénin.
C’est le mot parfait C’est une version bénigne de quelques idées avec lesquelles vous jouez dans vos au- b-es films… Lorsque vous faites un numéro zéro pour la télévision, utilisez-vous un schéma différent de celui que vous employez pour le cinéma? Voyez-vous sept ou huit choses qui seront tout au long de l’histoire et suffisamment importantes pour être mentionnées dans le premier épisode?
Bien évidemment, vous espérez connaître l’heure de programmation pour laquelle vous écrivez, parce que c’est essentiel. Si vous écrivez pour 20 h ou plutôt vous êtes limité à certaines choses. La Commission va vous tuer. Vous ne pouvez faire certaines des choses que j’aime faire. Et si c’est après 21 h, cela dépend de la chaîne, parce qu’à NBC vous pouvez en faire plus qu’à ABC.
Quel est le caractère de la jeune voisine dans Le Détective fantôme? La raison pour laquelle vous lui consacrez autant de temps n’est-elle pas que si cela devient un feuilleton, ce sera un personnage coloré à ramener semaine après semaine?
Absolument, c’est cela. Vous apprenez très tôt à la télévision que vous ne pouvez espérer que votre acteur portera le spectacle semaine après semaine, alors vous commencez à orienter le spectacle dans une autre direction. Vous avez les principaux personnages pour porter les épisodes, et très souvent ces gens se lancent dans leur propre feuilleton. Aussi il faut en tenir compte.
Ces deux films récents de télévision sont conservateurs sexuellement
Oui, certainement. Regardez le film télévision Peter Gunn, détective spécial c’est à cause des chaînes. C’est aussi simple. Vous êtes pris avec cela.
Mais n’y a-t-il aucun moyen d’innover sans mécontenter les chaînes? Par exemple, à la fin du Détective fantôme, la femme est totalement piégée par ces hommes puissants, dans un sens c’est si atypique de vos films. C’est intéressant de comparer ce film avec Victor Victoria parce que dans Victor Victoria le défi de la femme est beaucoup plus fort. Cette femme ne fait que ce que le personnage de George Carlin lui dit de faire pour finir par emménager chez lui. Il nV u aucune indication sur ses sentiments étouffés, ou qu’elle parle d’elle-même comme le personnage de Julie Andrews dans Victor Victoria. C’est très léger, mais les mêmes situations seraient beaucoup plus compliquées dans vos films. Et dans le film de télévision Peter Gunn, détective spécial aussi. le genre de matière n est pas aussi proche du défi que dans vos films.
Non, effectivement. Et là encore, cela dépend de l’heure de diffusion, cela dépend de la chaîne, cela dépend d’un tas de choses, et vous êtes pris avec, la plupart du temps.
Nous avons commencé cet entretien en disant, qu’une perception critique de votre travail est que Victor Victoria est le sommet de votre oeuvre, et que vos films déclinent depuis. Une autre perception critique que l’on rencontre très souvent est que vos films se préoccupent e plus en plus des problèmes des riches et des privilégiés. Devenez-vous incroyablement intéressé par les gens ont le style de vie est extrêmement privilégié?
Je ne crois pas être de plus en plus intéressé. Je pense s’il y a plusieurs réponses à cette question. ‘une d’elles est que si je travaillais à l’allure à laquelle la plupart des metteurs en scène travaillent, nous n’aurions pas cette conversation, parce que je n’aurais pas ait autant de films que j’en ai fait. Dès lors, lorsque vous avez autant de films à regarder, l’un après l’autre certaines semblent être infiniment plus évidentes, plus criantes. Une autre réponse est que je ne suis certainement pas le premier à écrire sur ces gens. Et ‘est aussi probablement parce que je connais des gens comme cela beaucoup mieux que je ne connais la famille moyenne qui peut avoir les mêmes problèmes. Je ne suis pas concerné intimement par la famille moyenne, sinon je crois que je pourrais écrire dessus. Une autre réponse est que j’écris des comédies. Vous savez, je fais un carton sur ces gens. Un critique a dit: ” Qui s’en soucie? ” Mais faut-il s’en soucier pour qu’un film ait du succès? Je voudrais lui dire: ” J’espère que vous n’aurez pas un cancer, ou la panne de l’écrivain, parce que vous êtes un type très privilégié, et je suis certain que vous vivez à l’aise. Si cela vous arrivait, je me demande si vous penseriez que nous devrions accorder plus de considération à la classe moyenne qu’aux gens à qui tout réussit. ” Je pense que les gens qui réussissent qui ont des problèmes sont tout aussi intéressants. La critique ne leur accorde peut-être pas assez d’importance. Peut-être que je ne leur accorde pas assez d’importance. Je peux comprendre de quelle façon cela peut être une critique valable, mais je pense que c’est du baratin. Je peux citer un tas d’artistes qui se fixent sur un thème, de sculpteurs et de peintres qui passent par une période où ils se répètent, tentant de faire de mieux en mieux. Vous savez, vous devenez obsédé par quelque chose et vous voulez le faire le mieux possible. Je crois que c’est Vincent Canby qui m’a critiqué disant qu’un film de moi était comme si j’étais quelqu’un qui n’a jamais quitté la Californie. Et Woody Allen, bon Dieu? Que doit dire la critique? C’est comme si WoodyAllen n’avait jamais quitté New York
Il se trouve que New York est là où il vit
Qui, mais la Californie est là où je vis! C’est là que sont mes racines. Je pouffais faire mes objections, mais certainement j’ai désappointé Canby d’une manière, et je l’ai fâché d’une autre façon, c’est pourquoi il m’attaque. Bon, qu’il aille se faire foutre! Je m’en moque. Je me fâche un peu parce que je trouve que ce n’est pas régulier.
Ces gens qui acquièrent cette importance sont généralement blancs. Comment réagissez-vous au sujet des minorités dans vos films? Vous avez tendance à avoir des minorités raciales dans des rôles mineurs. Par exemple, dans L’amour est une grande aventure, il v a un serviteur oriental dans la maison. Y avez-vous pensé?
Vous voulez dire: leur donner des rôles majeurs plutôt que des rôles mineurs?
Ou les laisser tomber plutôt que de leur donner des rôles mineurs.
Non. Je veux dire, je ne veux certainement pas le laisser tomber. Je suis profondément préoccupé par les problèmes raciaux. Je l’ai toujours été. J’ai été l’un des premiers à tenter de briser cette barrière raciale à la télévision lorsque j’ai demandé Ricardo Montalban pour faire Mr Lucky et j’ai combattu la chaîne. Montalbanétait mon premier choix, et je me suis heurté au préjugé racial. ” Un latino comme vedette? Absolument pas ! “Ils n’étaient pas partants. Mon engagement antiraciste est beaucoup moins visible en termes de ce que je pense et ce que je fais. Pour vous donner un exemple, sur un point je voulais faire quelque chose qui serait une réelle contribution au problème racial, mais j’ai pensé, je ne peux pas écrire un film de Noirs. Je ne suis pas noir. Et alors je dois l’éviter, parce que je vais me démolir si je tente quelque chose comme cela. Aussi la meilleure chose à faire est de mettre quelqu’un dans mon film qui serait le meilleur ami; il n’est pas le chef, c’est le second rôle, ou un truc comme cela. Mais alors, j’écris toujours sur un Noir, et pour y arriver, je pense que je devrais aller trouver un Noir et lui dire: Travail-lez avec moi sur cela. Je veux savoir comment vous pensez. ” De toute manière, si un Noir ne le fait pas, cela ne sonnera jamais juste pour moi.
C’est une vertu de votre style, en fait parce qu’il y a une sorte de libéralisme facile qui dit: ” Je parle pour les Noirs ” ou pour n’importe quoi.
C’est la chose la plus dangereuse au monde.
Il n’y a aucun sens à parler au nom des autres personnes. S’il s’avère que vous êtes célèbre, un Blanc privilégié dans votre façon de vivre que c’est le noyau de votre expérience, vous ne pouvez penser que vous devez prouver vos bonnes intentions envers les Noirs, ou toute autre minorité. C’est la même chose avec les homosexuels; ils ont des rôles mineurs dans vos films parce que vos intérêts sont ailleurs. Si je devais écrire Boys in the Band, ou quelque chose de ce style, n’y pensez plus! Si quelqu’un dit:” Je veux que vous décriviez un mode de vie homosexuel “, je dirais: ” Je peux vous donner une vignette, mais je ne peux aller au-delà. Je ne peux vous donner que ce que j’ai observé. Je ne l’ai pas vécu. ” Et dès lors, lorsque je pensais: ” J’aimerais apporter une sorte de contribution “, je me demandais: ” comment, en tant que réalisateur, puis-je le faire? ” Alors j’ai eu une idée et je l’ai couchée par écrit. J’ai toujours voulu le faire, mais je ne l’ai jamais fait. Je peux toujours le faire. Je l’ai appelé timidement Negative. Je pensais en termes de film, positif et négatif, le négatif de l’image. J’ai commencé le récit avec une émeute du type Wyatts. Mais vous vous rendez soudain compte que les émeutiers sont blancs et que le pouvoir est noir.
C’est un renversement
J’ai tout fait à l’inverse parce que je pouvais écrire du point de vue du Blanc. Je leur ai donné un patois, j’ai tout fait. Et j’ai pensé: ” Zut, cela va foutre en l’air certains esprits. ” Vous savez, certains de ces réactionnaires sudistes qui s’identifient aux Blancs leur plus grand préjugé est la couleur. Je ne me soucie guère d’autre chose intellectuellement, si vous êtes noir, bronzé ou jaune, c’est un préjugé automatique. Aussi consciemment ou inconsciemment, ils se comparent aux Blancs. Alors qu’ils défendent les Blancs, dans mon film l’homme blanc dit, en un sens, tout ce que dit l’homme noir. Cela les foutra en l’air.
Plutôt que de parler pour d’autres groupes, vous montrez les contradictions et les problèmes du mâle blanc privilégié.
Vous savez, ce serait peut-être plus brave, mais je considère que c’est plus prudent. Je suis ce que je suis. J’écris sur ce que je sais.
Entretien enregistré les 8 et 9 août 1989 en Californie et traduit de l’américain par Maryse Beaulieu
Positif n°347 janvier 1990
Filmographie :
Le Fils de la panthère rose (Son of the Pink Panther) (1993) Dans la peau d’une blonde (Switch) (1990) Meurtres à Hollywood (Sunset) (1988) Boire et Deboires (Blind Date) (1987) That’s life (1986) L’Héritier de la Panthère Rose (Curse of the Pink Panther) (1983) Victor Victoria (1982) S.O.B (S.O.B.) (1981) Elle (10) (1979) La Malediction de la Panthere rose (1978) Quand la Panthere rose s’emmêle (Pink Panther Strikes again) (1977) Le Retour de la panthère rose (The Return of the pink panther) (1975) Opération Clandestine (Carey Treatment) (1972) Deux hommes dans l’Ouest (The Wild Rovers) (1971) La Party (The Party) (1968) Qu’as-tu fait à la guerre Papa ? (What did you do in the War, Daddy?) (1966) Peter Gunn detective special (1966) La Grande Course autour du monde (The Great Race) (1965) Quand l’inspecteur s’emmêle (A Shot in the Dark) (1964) La Panthere rose (The Pink Panther) (1963) Le Jour du vin et des roses (Days of Wine and Roses) (1962) Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany’s) (1961) Allo brigade speciale (Experiment in terror) (1961) Opération jupons (Operation Petticoat) (1959) L’ Extravagant Monsieur Cory (Mister Cory) (1957)
Il n’y a aucun sens à parler au nom des autres personnes. S’il s’avère que vous êtes célèbre, un Blanc privilégié dans votre façon de vivre que c’est le noyau de votre expérience, vous ne pouvez penser que vous devez prouver vos bonnes intentions envers les Noirs, ou toute autre minorité. C’est la même chose avec les homosexuels; ils ont des rôles mineurs dans vos films parce que vos intérêts sont ailleurs. Si je devais écrire Boys in the Band, ou quelque chose de ce style, n’y pensez plus! Si quelqu’un dit:” Je veux que vous décriviez un mode de vie homosexuel “, je dirais: ” Je peux vous donner une vignette, mais je ne peux aller au-delà. Je ne peux vous donner que ce que j’ai observé. Je ne l’ai pas vécu. ” Et dès lors, lorsque je pensais: ” J’aimerais apporter une sorte de contribution “, je me demandais: ” comment, en tant que réalisateur, puis-je le faire? ” Alors j’ai eu une idée et je l’ai couchée par écrit. J’ai toujours voulu le faire, mais je ne l’ai jamais fait. Je peux toujours le faire. Je l’ai appelé timidement Negative. Je pensais en termes de film, positif et négatif, le négatif de l’image. J’ai commencé le récit avec une émeute du type Wyatts. Mais vous vous rendez soudain compte que les émeutiers sont blancs et que le pouvoir est noir.
C’est un renversement
J’ai tout fait à l’inverse parce que je pouvais écrire du point de vue du Blanc. Je leur ai donné un patois, j’ai tout fait. Et j’ai pensé: ” Zut, cela va foutre en l’air certains esprits. ” Vous savez, certains de ces réactionnaires sudistes qui s’identifient aux Blancs leur plus grand préjugé est la couleur. Je ne me soucie guère d’autre chose intellectuellement, si vous êtes noir, bronzé ou jaune, c’est un préjugé automatique. Aussi consciemment ou inconsciemment, ils se comparent aux Blancs. Alors qu’ils défendent les Blancs, dans mon film l’homme blanc dit, en un sens, tout ce que dit l’homme noir. Cela les foutra en l’air.
Plutôt que de parler pour d’autres groupes, vous montrez les contradictions et les problèmes du mâle blanc privilégié.
Vous savez, ce serait peut-être plus brave, mais je considère que c’est plus prudent. Je suis ce que je suis. J’écris sur ce que je sais.
Entretien enregistré les 8 et 9 août 1989 en Californie et traduit de l’américain par Maryse Beaulieu
Positif n°347 janvier 1990
Filmographie :
Le Fils de la panthère rose (Son of the Pink Panther) (1993) Dans la peau d’une blonde (Switch) (1990) Meurtres à Hollywood (Sunset) (1988) Boire et Deboires (Blind Date) (1987) That’s life (1986) L’Héritier de la Panthère Rose (Curse of the Pink Panther) (1983) Victor Victoria (1982) S.O.B (S.O.B.) (1981) Elle (10) (1979) La Malediction de la Panthere rose (1978) Quand la Panthere rose s’emmêle (Pink Panther Strikes again) (1977) Le Retour de la panthère rose (The Return of the pink panther) (1975) Opération Clandestine (Carey Treatment) (1972) Deux hommes dans l’Ouest (The Wild Rovers) (1971) La Party (The Party) (1968) Qu’as-tu fait à la guerre Papa ? (What did you do in the War, Daddy?) (1966) Peter Gunn detective special (1966) La Grande Course autour du monde (The Great Race) (1965) Quand l’inspecteur s’emmêle (A Shot in the Dark) (1964) La Panthere rose (The Pink Panther) (1963) Le Jour du vin et des roses (Days of Wine and Roses) (1962) Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany’s) (1961) Allo brigade speciale (Experiment in terror) (1961) Opération jupons (Operation Petticoat) (1959) L’ Extravagant Monsieur Cory (Mister Cory) (1957)